Critique

[À la télé ce soir] Ken Loach, un cinéaste en colère

Ken Loach, un homme exquis carburant à l'indignation © Arte
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Le documentaire de Louise Osmond brosse le portrait d’un homme exquis carburant à l’indignation.

« Quand on fait un film sur une famille, on se demande ce qui conditionne sa vie. Comment notre logement et notre travail influencent nos relations? Est-ce qu’on part en vacances? Que faisaient nos parents? Quelle éducation on a reçue? Tout ça, c’est le résultat d’un combat politique sur plusieurs générations. On ne peut pas y échapper. » Il avait annoncé sa retraite en 2014. Exprimé sa volonté de ne plus faire de film. Il s’est finalement rétracté, à 79 ans, après l’écrasant succès des conservateurs britanniques aux élections législatives de 2015, pour remporter une nouvelle Palme d’or… « Ken Loach est sans doute le réalisateur de gauche le plus subversif du Royaume-Uni alors qu’on l’imaginerait bien boire une tasse de thé au presbytère », dit de lui Tony Garnett, qui l’a rencontré en jouant sous ses ordres et fut son producteur pendant une bonne dizaine d’années.

Fils d’un ingénieur électricien qui a fini contremaître, « un conservateur de la classe ouvrière », le réalisateur de My name is Joe et Land and Freedom a toujours la lutte et le combat vissés à l’objectif de sa caméra. « Si l’on veut raconter le monde tel qu’il est, évoquer les relations qui unissent les gens, leur vie, la question politique est cruciale, soutient-il. C’est l’essence même de la dramaturgie et du conflit. »

Documentaire de Louise Osmond (Deep Water, Dark Horse) diffusé sur Arte dans la foulée de Sweet Sixteen, Ken Loach, un cinéaste en colère brosse le portrait d’un homme exquis carburant à l’indignation. Depuis ses débuts pour la BBC, « quand les acteurs bourgeois pensaient pouvoir interpréter les prolos du Nord », jusqu’à son dernier film pour lequel il craint de manquer de vivacité et de ne pas être à la hauteur. « Il faut déjà ne pas oublier les pommades, les bas de contention et toutes les aides matérielles qui existent pour le croulant qui fait le film. »

Avec intelligence, caractère et pudeur, comme son illustre sujet, ce documentaire donne plus qu’une idée du personnage. Loach, ses collaborateurs, sa femme, ses enfants, Alan Parker, Gabriel Byrne ou encore Cillian Murphy racontent les entrées de Family Life en Angleterre qui, selon la légende, n’ont même pas permis de rémunérer les ouvreuses. Les spots publicitaires acceptés pour payer sa maison. « Moi qui reprochais aux autres de trahir leurs convictions. » Ses essais dans le documentaire. « Un désastre ». Comme la mort de son fils alors âgé de cinq ans. « Avant, on goûte au bonheur. Après c’est terminé. On a une boule au ventre sans arrêt. » Pour prolonger l’immersion sur arte.tv, la chaîne franco-allemande propose avec La Méthode Ken Loach, un webdocumentaire interactif suivant la fabrication de son dernier long métrage. Passionnant.

DOCUMENTAIRE DE LOUISE OSMOND. ****

Ce mercredi 26 octobre à 22h35 sur Arte.

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