Critique | Télé

[à la télé ce soir] This Is Going to Hurt

4 / 5
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Titre - This Is Going to Hurt

Genre - Série

Réalisateur-trice - Adam Kay. Avec Ben Whishaw, Ambika Mod, Alex Jennings.

Quand et où - Samedi 30/04, 20h30, Be Series.

Nicolas Bogaerts Journaliste

Mon hosto va craquer

L’adaptation des mémoires d’Adam Kay, docteur devenu auteur réputé de comédie outre-Manche, offre un contrepoint salvateur et percutant, aux traditionnelles fictions anglo-saxonnes en milieu hospitalier. Voire même un contre-pied. Point d’antihéros au cynisme clopinant ni de surdoué du diagnostic, pas plus que de bluettes en blouse blanche, ni même d’équipe rôdée opérant dans un réalisme hyperactif et photogénique. Dans This Is Going to Hurt, comme dans les deux saisons de la française Hippocrate (Betv), la réalité de l’hôpital, le délabrement et la financiarisation de nos systèmes de soin éclatent au grand jour. Et dire que l’histoire se déroule en 2006, avant les coupes budgétaires ultralibérales et la crise sanitaire…

Une poignée de jeunes toubibs du département obstétrique et gynécologie d’un hôpital public britannique sont pris dans l’enfer quotidien du machinisme. Parmi eux, Adam, auquel Ben Whishaw prête ses traits et sa silhouette digne d’un personnage de Franquin, est submergé par le nombre de cas à traiter, de patientes à soigner, d’urgences à gérer, et par la fatigue à surmonter. Sur les bords de la rupture qui guette l’équipe, l’humour et la dérision trouvent régulièrement leur chemin. Durant les sept épisodes de la série, et malgré toutes leurs qualités et leur engagement, ces chevilles ouvrières de l’hôpital ne sont pas le centre principal des attentions. Sans doute pour la première fois dans l’Histoire de la télévision, les femmes, leur souffrance, leur place dans le système de santé sont également au cœur du propos. Leurs inquiétudes, leur courage, leur peur ou leur incompréhension sont filmés au plus près.

Rythmé par des situations critiques qui parfois virent au gore, submergé par l’épuisement, le quotidien d’Adam est aussi criblé de tensions internes. La gestion de plus en plus managériale de l’hôpital public provoque des tensions hiérarchiques que la réalisation et les dialogues rendent immédiatement palpables. Amertume, frustration, condescendance et compétition se diffusent comme un poison dans les relations humaines et les couloirs de l’institution, dans le sillage des visites occasionnelles et hors-sol de Nigel Lockhart (Alex Jennings), le directeur de l’hôpital. Ceux qui rêvent d’une gestion des institutions publiques à la manière du privé en seront pour leurs frais: l’incursion d’Adam dans une clinique où tout se monétise et se déshumanise davantage ne laisse place à aucun fantasme de ce type. Si l’asphyxie guette en permanence dans une série aussi politiquement engagée et humblement réaliste, la complexité des personnages et le naturel désarmant avec lequel les acteurs et actrices leur donnent vie font aussi de cette série un must absolu.

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