
Nismet, Toxic Town, La Meneuse, Douglas Is Cancelled: 4 séries à voir (ou pas) en ce début mars
Nismet et Toxic Town s’inspirent toutes deux d’une histoire vraie. La première braque les projecteurs avec brio sur les violences et la domination encore exercées sur les femmes. La deuxième sur une affaire de contamination en Grande-Bretagne. Le Meneuse, plus humoristique, dépeint la bataille d’une jeune héritière d’une équipe de basket US pour s’imposer dans ce milieu très masculin. Et Douglas Is Cancelled, à voir sur arte.tv, entraîne un présentateur télé dans une tempête médiatique.
Nismet
Disponible sur Arte TV
Une série de Philippe Faucon. Avec Emma Boulanouar, Loubna Abidar, Théo Costa-Marini. 4 épisodes de 45 minutes.
La cote de Focus: 4/5
Après s’être distingué avec un film (La Désintégration, 2011) sur la radicalisation des jeunes de banlieue et avoir décroché le César du meilleur film en 2016 avec Fatima, portrait d’une mère isolée qui doit gérer une adolescente en révolte et une deuxième fille qui entame des études de médecine, Philippe Faucon marque à nouveau les esprits avec Nismet. Cette série en quatre épisodes raconte l’histoire d’une ado de 16 ans vivant avec sa mère, Najoua, aimante mais dépressive, et Denis, le compagnon abusif de celle-ci, qui lui pique l’argent qu’elle gagne en se prostituant, la cogne et la séquestre mais harcèle aussi physiquement la gamine jusqu’à tenter de la violer un soir où ils sont tous les deux seuls à la maison. Cette histoire tragique, c’est celle, bien réelle, de Nismet Hrehorchuk (de son nom d’épouse). Nismet a rencontré Philippe Faucon sur le tournage d’Amin, son précédent long métrage. Et elle a elle-même demandé au réalisateur de porter son histoire à l’écran pour rendre justice à sa mère broyée par le système judiciaire et l’indifférence de la société face à sa détresse. Elle a aussi d’ailleurs écrit un livre sur le sujet, qui n’a pas encore été publié.
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La jeune femme a participé à l’écriture de la minisérie dans laquelle ils ont choisi d’atténuer la réalité… Elle y joue même le rôle de Brigitte, directrice de foyer. Parce qu’au-delà de dépeindre un quotidien abominable et une émancipation adolescente, cette fiction adresse un message d’espoir aux enfants de la Ddass et aux jeunes filles violentées comme elle le fut dès l’enfance.
Sacrée meilleure série au Festival de la fiction de La Rochelle en 2024, Nismet braque les projecteurs sur les violences et la domination encore exercées sur les femmes aujourd’hui, et met surtout en lumière leur courage et leur combat. Emma Boulanouar, découverte dans Ici tout commence, est épatante et bouleversante dans la peau de la jeune femme. A l’image de Loubna Abidar (Much Loved, A la belle étoile…) qui incarne sa mère et avait été en 2015 victime d’une grave agression à Casablanca pour avoir joué dans un film qui traitait de la prostitution, officiellement interdit au Maroc. Elle avait alors accusé les médecins et les policiers de l’avoir envoyée promener…
Julien Broquet
Toxic Town
Disponible sur Netflix
Une série de Jack Thorne. Avec Jodie Whittaker, Aimee Lou Wood, Rory Kinnear.
La cote de Focus: 3,5/5
Un solide contingent d’interprètes britanniques vus dans Broadchurch, Sex Education, Downton Abbey, Skins ou encore Years and Years domine le casting de cette attachante minisérie Netflix en quatre épisodes qui s’inspire d’un scandale environnemental bien réel. Etalant son intrigue sur une petite quinzaine d’années, de 1995 à 2009, Toxic Town revient en effet par le biais de la fiction sur la tragique affaire de contamination ayant mené à de multiples malformations à la naissance dans la ville de Corby à la suite du démantèlement négligent de divers sites industriels. Quelque part entre Erin Brockovich (2000) avec Julia Roberts et Dark Waters (2019) avec Mark Ruffalo, mais dans une veine résolument british, la série prend la forme d’une nécessaire quête collective de justice vibrant d’un bel élan solidaire. Gagnant en intensité et en finesse au fil des épisodes, elle déjoue intelligemment les écueils du genre en affichant avec détermination une émotion sincère et un propos engagé.
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Nicolas Clément
La Meneuse (Running Point)
Disponible sur Netflix
Une série de Elaine Ko, Mindy Kaling, Ike Barinholtz et David Stassen. Avec Kate Hudson, Brenda Song, Drew Tarver.
La cote de Focus: 2,5/5
Mixant dynamique familiale dysfonctionnelle et coulisses agitées du sport, Running Point, la nouvelle série comique estampillée Netflix, évoque immanquablement une espèce de tentative de croisement entre Succession et Ted Lasso. Isla Gordon (Kate Hudson), seule fille d’un clan de riches héritiers, s’y retrouve du jour au lendemain catapultée à la tête de la prestigieuse équipe de basket des Los Angeles Waves, variation fictive des célèbres Lakers. Fêtarde repentie, elle va devoir batailler ferme pour s’imposer en femme d’affaires à poigne dans un monde d’hommes qui peine à la prendre au sérieux… Divertissement fun et rythmé à la superficialité revendiquée, Running Point aligne les situations humoristiques avec un certain savoir-faire mais appuie systématiquement un peu trop ses effets. En déficit patent de véritables enjeux dramatiques, cette histoire assez basique et inégale d’empowerment manque de mordant et donne hélas le sentiment de rapidement tourner en rond.
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Nicolas Clément
Douglas Is Cancelled
Disponible sur arte.tv
Série de Steven MoffatAvec Hugh Bonneville, Karen Gillan, Ben Miles, Alex Kingston. 4 épisodes de 43 minutes. .
La cote de Focus: 4/5
Présentateur débonnaire aux allures de bon père de famille, Douglas Bellowes anime l’émission d’information News At Six avec sa partenaire la jeune journaliste Madeline Crow. Un tandem gagnant pour la chaîne. Du moins jusqu’à ce que cette figure culte de la télé britannique se retrouve emportée par une tempête médiatique boostée par les réseaux sociaux. Douglas prétend n’en avoir aucun souvenir mais il a lâché une blague sexiste lors du mariage de son frère et elle n’est pas passée inaperçue. L’un des invités n’a guère apprécié et l’a tweeté.
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Cette vanne apparemment de mauvais goût, personne ne la connaît. Mais les conséquences se font rapidement sentir. Tout le monde d’ailleurs lui tombe sur le dos. Sa femme qui craint les manipulations, sa fille une adolescente féministe militante et évidemment son producteur qui cherche à éteindre au plus vite l’incendie.
Maintes fois récompensé pour son travail sur Doctor Who et Sherlock (il a aussi bossé sur le Tintin de Spielberg), Steven Moffat prend toujours un malin plaisir à jouer avec les intrigues retorses et la crédulité des spectateurs. Et il fait tout sauf s’en priver avec cette mini-série (d)étonnante. Douglas Is Cancelled commence sur le ton de la satire et de l’humour gentiment décalé pour tout doucement glisser sur le terrain du drame psychologique. L’idée de la série dont Moffat est le créateur et scénariste remonte à 2017. A l’époque, il destine l’intrigue à une pièce de théâtre. Mais personne n’en veut. Le mouvement #MeToo vient juste d’exploser et les scandales commencent seulement à être révélés.
Malaisant et aujourd’hui tellement dans l’air du temps, Douglas Is Cancelled questionne la célébrité, l’humour sexiste (ou misogyne c’est selon) et le pouvoir des réseaux sociaux dans un monde où plus personne ne lit les articles. «Les gens leur préfèrent les titres et sont trop occupés sur Twitter à tirer des conclusions hâtives.» Un monde dans lequel plus personne n’a de temps pour la présomption d’innocence. Où le scandale excite et la nuance fatigue. Epatant en célébrité de la vieille école soumise à la vindicte populaire, Hugh Bonneville (Downtown Abbey, Paddington) n’est pas sans rappeler le prince Andrew pris dans les phares de l’affaire Epstein. Là où Karen Gillan (The Mirror, Les Gardiens de la galaxie…) brille de toute sa glaçante ambivalence.
Julien Broquet
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