Critique | Disney+

[la série de la semaine] The Wonder Years, un reboot qui parvient à innover

Disney+ propose un reboot de The Wonder Years, avec cette fois une famille noire. Une idée salvatrice, plutôt rare dans le monde ultra-codifié des sitcoms.

On ne fait pas que rigoler à Montgomery, Alabama… À la vision de The Wonder Years version 2021, on réalise à quel point la série originale du même nom, datée de 1988, était sage et dans l’ensemble plutôt innocente, quand la nouvelle venue s’avère politique et éclairée. Sous ses abords proprets, ce remake -le créateur du show, Saladin K. Patterson, préfère parler de « relecture »– choisit de remplacer les Arnold par les Williams, une famille certes de même catégorie socio-professionnelle, mais cette fois noire. La période choisie est, elle, bien la même, et la série débute en 1968. Les marches pour les droits civiques font partie de l’Histoire toute récente et les écoles viennent à peine d’être déségrégationnées. Le racisme ordinaire n’a, lui, pas disparu, et les Williams, comme toute famille noire américaine, se prennent la réalité sociale de l’époque de plein fouet.

Comme le rappelait Nicolas Bogaerts en novembre dernier, la série originale était « l’exemple parfait de série nostalgique« . Les Années coup de coeur (son nom en français) était charmante et vous vous souvenez sûrement de la bouille roublarde de Fred Savage dans le rôle de Kevin, le jeune héros du show. Les événements majeurs des 60’s servaient déjà de toile de fond à la série, mais ceux-ci n’influaient pas autant sur la petite vie tranquille des Arnold.

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Une sitcom avant tout

Ici comme dans la version originale, le héros (Dean, le cadet des Williams, âgé de 12 ans) narre la série au moyen d’une voix off (Dean adulte, interprété par Don Cheadle). Celle-ci mentionne innocemment que Dean a déjà eu le « police talk » avec son père (sur la courtoisie toute relative réservée par la police du pays aux Noirs-Américains…); Kim, la soeur de Dean, déambule nonchalamment dans la maison en arborant un t-shirt des Black Panthers et son petit ami en est membre; le pilote se termine sur la réaction des personnages à l’annonce de l’assassinat de Martin Luther King…

Mais cela n’empêche pas le show d’enchaîner avec des situations bien plus légères -Dean, plus préoccupé par le comportement de son meilleur ami (ce dernier vient d’embrasser la fille dont le pauvre Dean est amoureux depuis des lustres), finira par tirer profit du drame, notamment avec ses professeurs, tous blancs, et un brin désemparés face à la mort du « Doctor King ». C’est que cette version 2021, comme sa grande soeur, est avant tout une sitcom, et n’oublie pas d’être drôle. On se délectera ainsi de cet épisode dans lequel Dean découvre des revues érotiques dans la maison familiale. Ressort comique classique, mais qui débouchera sur une discussion sur le sexe avec sa mère, là aussi rarement entendue à la télévision. Les clins d’oeil au show original sont légion, mais cette version 2021 parvient à innover en restant fraîche, drôle et tristement d’actualité… Un reboot réussi? Ça non plus ça ne court pas les rues.

The Wonder Years

Une série créée par Saladin K. Patterson, avec Elisha Williams, Dulé Hill et Saycon Sengbloh. Disponible sur Disney+. ****

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