Critique | Séries/Télé

[à la télé ce soir] Neil Young, les raisons de la colère

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

« Je fais partie du monde libre. J’ai une voix. Et donc je peux dire ce que je veux. Où je veux. » Plus de 50 ans se sont écoulés depuis ses débuts. Mais si les derniers disques de Neil Young n’ont plus la magie de ceux d’antan, le songwriter canadien, héros taciturne de la musique américaine, reste un éternel insoumis. Un musicien de tous les combats. Politiques, écologistes et pacifistes.

C’est cette dimension contestataire qui sert de fil rouge au documentaire de Thomas Boujut (à qui l’on devait déjà Claude Sautet, le calme et la dissonance) dit par Féodor Atkine. Les Raisons de la colère est le portrait d’un mec qui a su transformer ses indignations en chansons… Si son père, correspondant de guerre devenu écrivain, lui a filé le goût de la poésie et des mots, Neil Young doit aux valeurs inculquées par sa mère ce sentiment d’injustice, moteur de l’empathie qu’il éprouve pour les gens.

Né en 1945, dans une famille intellectuelle de la classe moyenne, le Loner a toujours laissé ses colères nourrir son instinct de révolte. On le voit en 2014 manifester contre la construction d’un pipeline qui doit traverser les États-Unis et le Canada du nord au sud en bafouant les droits des peuples natifs ( Indian Givers). On découvre l’histoire de chansons engagées comme Ohio, hymne pacifiste inscrit à jamais dans la culture américaine, et on l’entend chanter son rejet sans ambiguïté de la guerre en Irak. On le voit aussi avec Earth se transformer en activiste de l’écologie (à tel point que Monsanto fera tout pour le discréditer). Et on découvre sa révolutionnaire Lincoln électrique (baptisée la LincVolt), qui se nourrit de déchets agricoles. Icône sixties aux dizaines de millions de disques vendus, le natif de Toronto est un Canadien, certes, mais il est aussi et surtout un citoyen de la planète. Le documentaire raconte également son enfance et sa polio. Le jeune homme qui a fui le blizzard canadien pour le soleil de Los Angeles à bord d’un corbillard. La formation avec Stephen Stills de Buffalo Springfield, étalon des groupes de folk rock américains. Le père de trois enfants -deux de ses fils souffrent d’une infirmité motrice cérébrale. Et sa passion pour les trains électriques. Portrait balancé (il évoque aussi ses contradictions comme son soutien à Ronald Reagan) d’un type qui toute sa vie a essayé de faire la différence comme il le pouvait. Autrement que les autres. Rock’n’roll will never die…

Documentaire de Thomas Boujut. *** (7/10)

Vendredi 22/04, 22h25, Arte.

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