Opinion

Laurent de Sutter

Beach body pop théorie (5/6): « Un simple grain de sable et, soudain, la vie devient impossible »

Laurent de Sutter Professeur à la VUB

Comment se faire un corps de rêve pour l’été: les conseils à ne pas suivre des meilleurs non-spécialistes pour éviter les calamités qui menacent vos vacances.

Il suffit de pas grand-chose. Un simple grain de sable et, soudain, la vie devient impossible. Or, une plage en contient des myriades. Pas besoin de se creuser la cervelle pour en tirer la conclusion qui s’impose: toute plage est un inépuisable réservoir d’emmerdes. Qu’il se glisse dans un endroit mal placé, refuse de s’en aller malgré un nettoyage scrupuleux ou s’invite parmi les biens les plus précieux du plagiste, il y a toujours un grain de sable pour venir rappeler aux naïfs que les joies ne sont jamais sans prix. Dans The Sand (2015), ineffable nanar horrifique dû à la caméra d’Isaac Gabaeff, cette dimension passive-agressive du grain de sable est représentée par une astuce de scénario à faire frémir les frères Dardenne. Sur une plage non loin de Santa Monica, un groupe de fêtards se réveille à la suite d’une nuit arrosée pour découvrir que deux d’entre eux se sont fait la malle. Bizarrement, ils ont laissé leurs affaires derrière eux – ce qui ne leur ressemble pas. Qu’à cela ne tienne, se disent les autres. Bien entendu, la suite du film révèle que la réalité est bien plus grave: coincé au milieu de la plage, le groupe se rend compte que le sable qui entoure la bicoque où ils ont trouvé refuge est en réalité un monstre dont la gourmandise pour la chair humaine semble sans limite. Si, en matière de subtilité, il y a moyen de faire mieux (The Sand demeure, chose étrange, l’unique film de Gabaeff), l’idée d’une plage tueuse n’est pas si stupide. Toute personne ayant un jour tenté de faire l’amour, manger un sandwich ou étaler de la crème solaire au milieu d’une étendue de sable pourra attester de ce qu’il y a un certain «réalisme» dans l’idée que la plage ne vous veut pas du bien. Les humains y sont des intrus. Que ce soit dit.

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