Critique scènes: Un dîner glaçant

Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Adaptant le best-seller international d’Herman Kock, Jean-Michel Frère convie les spectateurs à la table d’un Dîner au cours duquel se dévoile la face la plus sombre et violente de l’humanité. Estomaquant.

Ils sont mignons ces deux-là. Paul et Claire, enlacés et se faisant des petits bisous comme des amoureux du premier jour, accueillent les spectateurs en convives, chaleureusement, avec un verre de vin blanc, autour d’une table qui fausse les perspectives et sous une constellation mirifique de lampes suspendues. Et quand tout le monde est installé, ils commencent leur récit, celui d’une soirée dans un resto chic avec le frère de Paul, Serge, et sa femme Babette. Cette soirée où il leur faut parler du comportement de leurs fils respectifs. Cette soirée où le cours de leur vie a changé. De l’apéritif au digestif, c’est à une étourdissante dégringolade que l’on va assister, où les monstres surgiront des endroits les plus inattendus.

Dans son adaptation du roman vénéneux d’Herman Koch inspiré par un sordide fait divers bien réel, le metteur en scène Jean-Michel Frère, meneur de la compagnie Victor B., a judicieusement choisi de concentrer les différents rôles sur les épaules solides de deux acteurs, Nicolas Buysse et Lara Parsain, comme pour souligner formellement que nous possédons tous de multiples facettes, certaines plus inavouables que d’autres.

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null© Caroline Lessire

De la scénographie brisable aux jeux sonores malicieux, de la violence larvée dans les plus petits gestes aux éclatements de rage, c’est la manière dont l’amour sans borne des siens peut contribuer à une irrépressibles haine des autres qui est démontée ici, au sein d’un crescendo émotionnel qui ne laissera personne indemne. On en a encore froid dans le dos.

Le Dîner : Jusqu’au 23 mars au Théâtre de Namur, www.theatredenamur.be

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