Youssef Swatt’s remporte Nouvelle école! Interview

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Dimanche soir, c’est, à nouveau, un Belge qui a remporté Nouvelle école, le télécrochet rap de Netflix. Adepte d’un hip-hop old school, Youssef Swatt’s ne partait pourtant pas gagnant…

Ça y est! La saison 3 de Nouvelle école, a rendu son verdict. C’est le Belge Youssef Swatt’s qui a remporté les 100 000 euros du vainqueur. La finale du télécrochet rap de Netflix était diffusée hier soir. Au même moment, le rappeur était sur la scène du grand concert organisé au Cinquantenaire pour les festivités du 21 juillet. Tout un symbole…

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Pour en parler, on a rencontré l’intéressé quelques jours plus tôt, du côté de la gare du Midi, à Bruxelles. Juste après, Youssef Swatt’s prenait le train pour un énième aller-retour à Paris. Il pense d’ailleurs de plus en plus à y trouver un pied-à-terre. Car, avant même la fin de la saison, Nouvelle école a déjà joué son rôle d’accélérateur de carrière… Il a pu s’en apercevoir encore récemment, aux Ardentes. « J’y ai retrouvé SDM (qui jouait sur la scène principale du festival liégeois, NDLR). Mais par la suite, je suis allé me balader avec mes amis sur le site: je ne pouvais pas faire trois mètres sans que quelqu’un m’arrête…« 

Saison 3, deuxième chance

Sur la scène belge, Youssef Swatt’s est pourtant loin d’être un inconnu. Né en 1998, à Tournai, il rappe depuis longtemps. Repéré dès 14 ans -sur YouTube, dans l’une des premières vidéos de la série Poignée de punchlines, initiée par DéparOne, pilier du hip-hop belge-, il a déjà sorti trois albums. Il a aussi collaboré avec Oxmo Puccino, joué en première partie de Gaël Faye, IAM, Scylla, etc. (Et figuré sur la « photo de classe » historique de la promo rap belge de 2017, publiée dans Focus).

Mais sans que le succès d’estime ne se transforme jusqu’ici en carton commercial. Sans doute en partie parce que la plume de Youssef Swatt’s, travaillée, « old school », s’accorde mal avec les canons rap du moment…

Au départ, une émission comme Nouvelle école n’était d’ailleurs pas un objectif pour le rappeur. « En fait, j’avais déjà été contacté pour participer au casting de la saison 2. À ce moment-là, la saison 1 n’avait même pas encore été diffusée. Je ne savais pas où j’allais mettre les pieds. Mais j’avais quand même l’impression que ce n’était pas vraiment pour moi, que mon univers rap ne correspondait pas trop. Donc j’ai refusé.«  Quand il regarde finalement le programme, il commence cependant à douter. Il observe l’impact, imagine ce qu’il aurait pu y faire. « Et puis, un jour, j’étais à Montréal, l’un de mes meilleurs potes, Nelson, m’appelle. Il a commencé à me remonter les bretelles, en me disant qu’il avait regardé la saison 2, qu’il n’avait vu personne qui était plus « chaud » que son pote, et que j’avais eu tort de refuser.«  Youssef Swatt’s rappelle alors le casting. « Ils étaient d’accord pour que je passe. Par contre, ils clôturaient les sélections le lendemain matin!« 

Jeune ancien

Il est finalement pris. L’aventure peut démarrer, avec pour seule ambition d’éventuellement marquer les esprits. « À part ma mère, personne ne pensait que je pouvais gagner. Même pas moi. D’abord, parce que je ne suis pas très compétiteur -ça se voit d’ailleurs dans l’émission. Et puis, parce que j’étais certain à 200 %, qu’avec la musique que je faisais, je ne pouvais pas aller très loin dans ce genre de format. »

Pourtant, épisode après épisode, il s’accroche. À chaque fois, l’idée est la même: s’il doit partir, ce sera en beauté, prêt à jouer le jeu de l’émission, mais en restant fidèle à ses « valeurs ». Celle d’un rap qui pèse ses mots et ne s’invente pas de vie, loin des fantasmes gangster ou des tubes à danser. Lors de l’épreuve de la battle, son « contradicteur », James Loup, lui balance: « Tu fais Nouvelle école, alors que tu es de l’ancienne! » Beau joueur, il se marre.

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Celui qui a écrit un jour un morceau intitulé Le rap est mort aurait pu traîner la casserole ou se faire enfermer dans la posture du « jeune ancien ». Après tout, c’est le lot de ce genre de programme de téléréalité que de créer des « personnages », parfois jusqu’à la caricature. Mais Youssef Swatt’s ne se plaint pas. « C’est clair que j’avais pas mal d’appréhensions. Mais dès le tournage, j’ai été rassuré. Je ne connais pas le milieu de la téléréalité, mais un peu celui des productions télé. Et en l’occurrence, celle de Nouvelle école a été très bienveillante. Après, il faut rester attentif à ce qu’on raconte face caméra. Mais si tu dis blanc, même après montage, ça ne donnera toujours pas noir. En tout cas, je n’ai pas grand-chose à dire sur la manière dont j’ai été dépeint. ça correspond assez bien à ce que j’ai donné. »

Retour aux sources

Lors des premiers épisodes, on voit ainsi Youssef Swatt’s déstabiliser le jury « Tu fais le genre de rap qui m’a donné envie de rapper moi-même », dixit SDM, visiblement touché. Et se faire lui-même challenger –« Mais tu sais aussi faire des hits? », s’interroge Aya Nakamura, sceptique. Pour finir par devenir le deuxième Belge -après Fresh, lors de la première édition- à remporter la victoire. Soit 100 000 euros dans la poche. Mais aussi une exposition médiatique unique. Le genre de coup de projecteur qui a permis par exemple à Youssef Swatt’s de programmer un concert à l’Ancienne Belgique, le 13 novembre prochain. Un rêve de gosse.

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Reste à essayer de comprendre comment, au final, Youssef Swatt’s a réussi à conquérir un jury, dont les musiques, même s’il les écoute -« Aya, surtout. Un morceau comme Doudou, c’est trop! » -, restent à des années-lumière de la sienne? « Dans leur tête, je peux imaginer qu’ils se sont dit qu’ils faisaient cette émission pour dénicher la nouvelle star du rap. Ou en tout cas quelqu’un susceptible de toucher le plus grand nombre. Ce qui veut dire, respecter certains codes: de l’autotune, un beat trap, une certaine attitude, etc. Mais lors de la finale, il y a un public. Quand j’ai fait ma prestation, ils ont pu voir sa réaction. Ils se sont rendu compte que le rap arrivait peut-être à un tournant, ou bouclait un cycle pour revenir à certaines bases. Je crois que c’est le pressentiment qu’ils ont pu avoir. »

L’explication est cependant peut-être encore plus simple. « Parce qu’au-delà du gars qui arrive en ne suivant pas les règles, il y a simplement le fait de réussir à toucher les gens. Je pense que c’est surtout ça qui a tout fait basculer. Parce qu’au fond, c’est ce que l’on attend de la musique, qu’elle crée des émotions…« ●


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