Y a-t-il trop de festivals à Bruxelles ?

Au pied de l’Atomium, l’été musical sera (trop?) riche. © belgaimage
Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Dans le quartier du Heysel, de la fin du printemps à celle de l’été, les festivals bruxellois se ramassent à la pelle. Quitte à ce que certains d’entre eux se ramassent tout court. Pour cause de saturation?

Trop de festivals à Bruxelles ? Ces 27 et 28 mai, le parc d’Osseghem accueillait la première édition du Core, co-organisé par Tomorrowland et Rock Werchter. Avec la bénédiction de la Ville de Bruxelles, gestionnaire des précieux hectares de verdure voisins de l’Atomium. S’y côtoient beaucoup d’électro, de deejaying, un peu de belge et une énorme mise en scène visuelle, tomorrowlandesque. Le communiqué officiel parle de 40 000 visiteurs. D’autres sources estiment plutôt la fréquentation à 35 000 entrées payantes, avec une généreuse distribution de tickets gratuits. Un observateur, anonyme, bien placé du secteur: “ Il y a eu du monde, certes, mais la puissance de frappe des deux organisateurs flamands aurait dû garantir le soldout. Je pense qu’ils ont dû perdre pas mal d’argent… Alors que là, Tomorrowland vient d’ajouter un troisième week-end, aussitôt complet. On parle quand même de 360 000 tickets qui, au total, y sont vendus.

Autre son de cloche chez Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles. Émoustillé par son passage à Core -pas forcément la tasse de thé musicale de ce fan de Motörhead et Channel Zero-, il s’enthousiasme: “ C’était très impressionnant, du gros show mais avec une ambiance particulière. C’est une première édition qui doit encore trouver son public, et puis en même temps, Bruxelles accueillait le Jazz Weekend, qui a également cartonné. Le Core a boosté la fréquentation des hôtels bruxellois, dont beaucoup ont fait le plein. Moi je crois qu’il y a de place pour tout le monde. Il ne faut jamais gérer une ville en ayant peur. Mon boulot est de rendre Bruxelles attractive, c’est le job pour lequel j’ai été désigné. Et puis l’arbitre, c’est le public.” Pour Rock Werchter, Herman Schueremans précise son point de vue: « Le caractère cosmopolite de Bruxelles correspond parfaitement à l’expérience totale offerte par Core. Les festivals que vous mentionnez sont divers dans leur approche et leur concept. Bruxelles est la ville de la musique par excellence, une ville diversifiée, ce qui permet d’organiser des événements variés. Le fait que certains artistes se croisent ne change rien à la diversité offerte. Coller une étiquette, c’est dépassé.»

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Il y a quelques semaines, devant un américain-frites ixellois, Patrick Wallens, le boss de Couleur Café, avoue un coup de mou. Pour plusieurs raisons. Il s’agit de relancer un festival en berne les deux dernières éditions, c’est-à-dire réduire les risques financiers au maximum. Raboter les budgets, sans atténuer la nature organique du festival qui a failli couler après son flop financier de 2016. Puis, se trouver face à ce qu’il faut bien qualifier de “ nouvelles concurrences”. L’organisateur bruxellois -l’un des plus transparents et directs du métier face à la presse- se pose des questions sur le risque d’overdose de festivals et d’événements dans la capitale. D’autant que contrairement à CC, les autres festivals majeurs bruxellois sont portés par de puissants groupes: Rock Werchter et Tomorrowland pour le Core, Greenhouse Talent (qui fait venir les Stones au stade Roi Baudouin) et Brussels Expo associés aux Ardentes pour Arena 5 (au Heysel du 30 juin au 24 juillet), et ces mêmes Ardentes pour l’Atom de fin août, encore au parc d’Osseghem.

Le festival liégeois copiloté par Fabrice Lamproye et Gaëtan Servais -bien introduit au PS- a été racheté en 2019 à 49% par Fimalac, société internationale fondée par le milliardaire français Marc Ladreid de Lacharrière. Qui opère dans différents domaines, dont celui de l’entertainment. Possédant 101 salles en France, Fimalac organise 8 000 événements par an et chapeaute 200 artistes. Au moment d’écrire ce papier – début juin-, Wallens se montre un peu rassuré sur les chiffres: “ Les préventes pour Couleur Café sont plutôt bonnes et en toute logique, on devrait arriver à l’équilibre financier pour cette édition 2022. Mais alors que je vais passer la main après 2022, je m’inquiète d’autres choses. Du booking des groupes et de notre accessibilité en termes de programmation.” Autrement dit, pour qu’un festival existe, propose des noms connus -ceux qui font venir les gens, pas seulement les seconds ou troisièmes couteaux-, il doit forcément passer par des agents . Mais si ceux-là et leurs comparses -Live Nation, Fimalac, Greenhouse etc.- contrôlent le marché et décident des vedettes -qu’ils vont plutôt se réserver pour leurs propres concerts et festivals- et du montant des cachets, comment survivre en tant qu’indépendant?

Valeureux Liégeois

Fabrice Lamproye, des Ardentes, ne commente pas les cachets supposés de l’édition 2022 -on parle de 500 000 balles pour Stromae, de la moitié pour Orelsan- mais volontiers de sa stratégie pour le prochain ATOM, du 19 au 21 août, sur trois scènes au parc d’Osseghem. Les bookeurs Hangar et Back in the Dayz co-programment, le second ayant dans son écurie les très grosses montures Roméo Elvis et Damso, têtes d’affiche du premier Atom. “ Je ne trouve pas qu’il y ait trop d’événements musicaux l’été à Bruxelles, quand on voit ce qui se passe à Paris ou ailleurs. Mais je ne pense pas qu’il faille se focaliser sur Bruxelles: il y a énormément de choses qui se passent en Belgique, il y a toujours eu trop de festivals. Mais les personnes qui le pensent, un jour, vont créer aussi leur festival (sic). Je pense que c’est un peu malsain et dommage d’avoir cet état d’esprit, celui qui aurait pu empêcher la naissance de certaines initiatives. Je pense qu’il faut laisser quelques années pour voir ce que cette configuration apportera. Il n’y a pas que les organisateurs qui veulent organiser, les artistes veulent jouer partout.

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