Wajdi Riahi: “Ce trio jazz est comme une forme de maison pour moi”

Wajdi Riahi donnera pas moins de trois concerts lors du prochain Brussels Jazz Festival © D.R.
Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Le pianiste Wajdi Riahi est l’artiste résident du Brussels Jazz Festival, qui s’ouvre ce 15 janvier, à Flagey. Rencontre avec le pianiste tunisien, dont les notes de jazz s’inspirent autant du classique que des musiques arabes.

Wajdi Riahi se souvient bien de son premier soir à Bruxelles. «Je me suis retrouvé dans un bar du centre. Autour de moi, j’avais des amis qui parlaient français, d’autres tunisien, néerlandais, marocain, portugais, etc. Ce côté cosmopolite, pour moi, est une vraie chance. Parce que l’art ne peut pas évoluer s’il n’est pas touché par d’autres cultures, d’autres sensibilités.» Le bar en question, c’est le Bonnefooi (aujourd’hui fermé). La ville, Bruxelles. Pas (encore) ce rat hole coincé dans un imbroglio politico-institutionnel inextricable, minée par le narcotrafic rampant. Mais bien la cité-monde bouillonnante, dont le cœur ardent bat au rythme de ses différentes communautés et d’une scène artistique toujours vivace. Musicale notamment, jazz en ­particulier. En quelques années, Wajdi Riahi en est devenu l’une des nouvelles têtes les plus célébrées et inspirantes. Pour preuve, le Brussels Jazz Festival, qui démarre ce 15 septembre à ­Flagey, en a fait son artiste résident.

Waji Riahi, entre jazz, classique et musiques arabes

Le pianiste a atterri à Bruxelles il y a huit ans, débarquant de sa Tunisie natale. Dans ses valises, visa, papiers, de quoi ­s’installer, ainsi qu’«un stock d’olives et de harissa de ma mère». Et surtout, un solide bagage musical. Né à Tunis il y a une trentaine d’années, Wajdi Riahi tombe en effet rapidement dans la ­marmite, grâce à son père, professeur de musique au collège. «Il y avait une pièce dans la maison où il stockait l’ordinateur et tous ses instruments –ney, oud, violon, etc. Une sorte de mini­studio, en quelque sorte. Petit, quand j’y entrais, je me dirigeais systématiquement vers le petit clavier.»

A 6 ans, après avoir déjà collé son grand frère au cours de solfège, Wajdi Riahi commence à faire lui-même ses gammes au piano. Classiques d’abord –Mozart, Chopin, Liszt… «J’ai adoré ça. Encore aujourd’hui, je continue à en jouer, juste pour moi.» Avant d’embrayer sur les musiques arabes qui forment la B.O. de son quotidien tunisois –Faïrouz, Oum Kalthoum, Mohammed Abdel Wahab, Abdel Halim Hafez, entre autres. «Je me levais et je m’endormais avec ces sons. C’étaient les cassettes de mon père dans la voiture, la radio allumée du matin au soir à la maison. Je me suis mis aux claviers avec quarts de ton, qui permettent d’exécuter ces musiques-là. Ce qui m’a permis de jouer dans des mariages, des fêtes, etc.» La première fois, il a 13 ans…

Et le jazz alors? Il arrive plus tard, après le bac, pendant sa licence de musicologie. Lors d’une journée portes ouvertes, il tombe sur un concert d’un groupe de jazz tunisien. «Le coup de foudre instantané! J’ai tout de suite eu envie de rentrer dans cette musique, de comprendre ses codes, de pouvoir m’exprimer à travers elle.» Il décide alors de venir étudier en Europe. Mais il hésite: Berlin? Paris? A l’été 2016, il suit un stage à l’AKDT de Libramont: «Chaque soir, des jams s’improvisaient au bar. La journée, j’étais en composition avec Alain Pierre, ça m’a fait tourner le cerveau.» Ce sera donc la Belgique et le conservatoire royal de Bruxelles.

Port d’attache

En même temps qu’il poursuit ses études, il se fond rapidement dans la scène musicale de la ville, multiplie les collaborations, et constitue son propre trio. Formé avec Pierre Hurty (batterie) et Basile Rahola (contrebasse), il est aujourd’hui le principal port d’attache de Wajdi Riahi. «J’aime tellement passer du temps avec eux… Au milieu de tous les autres projets (NDLR: Aleph Quintet, Stéphane Galland and the Rhythm Hunters, Adèle Viret Quartet…), ce trio est une forme de maison pour moi.»

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La triade a déjà sorti deux albums –Mhamdeya (2022) et Essia (2023)– et plus récemment un disque live –les Zabonprés sessions. Sorti fin 2025, sur Flak Records, il a été enregistré en juin dernier, devant une trentaine de personnes, après trois jours de résidence au beau milieu de l’Ardenne. L’album est grâcieux et chaleureux, léger et sensible: la bande-son parfaite pour une douce soirée d’été. Mais encore? C’est vrai qu’à ce stade, le plumitif est censé tout de même donner quelques éléments supplémentaires pour mieux cerner la musique de Wajdi Riahi. «Mais est-ce vraiment nécessaire? Je peux dire que c’est du jazz. Mais le mot recouvre tellement de choses différentes…» On se permettra alors d’écrire que le trio circule entre jazz, musique classique et musiques arabes, célébrant les rythmes du premier, les harmonies de la seconde et les libertés des troisièmes –y compris, par exemple, celles du stambeli, forme de transe tunisienne que l’on peut retrouver également dans la musique gnawa (au Maroc) ou diwane (en Algérie).

«C’est en effet une musique qui est influencée par tout ce que j’ai écouté dans ma vie. Et puis, c’est aussi une musique très personnelle…», insiste encore Wajdi Riahi. De fait. Il suffit de lire certains titres de morceaux pour s’en convaincre. Mhamdeya renvoie par exemple au coin de Tunis dans lequel il a grandi. Essia est le nom de sa mère, Nawrens celui de sa sœur, tandis que Friends but Brothers est dédié au trompettiste Jean-Paul Estiévenart, et Adèle à la violoncelliste Adèle Viret.

Les deux derniers cités seront d’ailleurs présents au Brussels Jazz Festival, pour l’une des trois cartes blanches offertes à Wajdi Riahi. Pour l’occasion, ils s’arrimeront au trio, le temps d’une formule cuivre et cordes. «A côté de cela, je proposerai également un concert solo et puis un autre en quartet, avec le saxophoniste canadien Seamus Blake, le batteur américain Kweku Sumbry, et le contrebassiste slovène –mais qui vit à Bruxelles– Robert Jukic.» Toutes les nuances de Riahi… ●

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