
Vald, Anika, Jazzy Bazz, Half Asleep: on écoute quoi cette semaine?
L’actu musicale s’emballe avec Vald et Jazzy Bazz au sommet, Anika qui durcit le ton, et le retour de la Bruxelloise Half Asleep
1. Vald – Pandemonium
Au fond, Vald est un bon garçon. En 2015 déjà, on découvrait le rappeur parisien et ses premières leçons de politesse – « Il a pas dit Bonjour/Du coup, il s’est fait niquer sa mère » sur la mixtape NQNT 2: Dix ans plus tard, il sort Dieu merci – « Je remercie/C’est mieux qu’une thérapie », single tiré de son nouvel album Pandemonium. Dans l’intervalle, il est devenu l’une des têtes d’affiche d’une scène rap francophone elle-même en plein boum. Mais à sa manière, pleine de mauvais esprit, d’humour troll et d’absurde grinçant. Toujours dans les temps (et l’air du temps), mais à chaque fois un peu désaccordé – pour reprendre le titre de ce qui reste son plus gros tube.
Pour arriver à cela, l’effort a été soutenu – cinq projets enchaînés entre 2017 et 2022. Est-ce pour cette raison que Vald a fini par faire un pas de côté ? Trois ans se sont en effet écoulés entre l’album V et le nouveau Pandemonium. Une éternité dans le rap actuel. A en croire les premiers chiffres de vente/streaming, les amateurs ne l’ont cependant pas oublié. Vald revient fidèle à lui-même.
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A la production, BBP et Seezy, des habitués de la maison, prennent l’essentiel des morceaux à leur compte. A côté des habituelles sorties de route (le délire bouyon de Prozaczopixan), ce sont les beat traps terrifiants (Regulation) et autres ambiances funestes (Pandemonium, FLPVCOF) qui mènent la danse : du cousu main pour Valentin Le Du. Pour autant, Pandemonium n’est toujours pas un album de rap FR comme un autre : vous n’en trouverez pas d’autre pour vous parler dans le même élan de dépression (les échos hiphy de Léthargie) et d’addiction (Que des problèmes), d’explosion démographique (Régulation) et désenchantement généralisé (Roche noire), de politique (Gauche et droite) et de porno (FLPVCOF).
Pandemonium n’est même pas un disque de Vald comme un autre. Sans rien perdre de sa folie, ni bouleverser son univers grinçant, le rappeur trentenaire a débarrassé son rap de ses traits les plus potaches. Plus posé (le flow presque blanc de 93 milliards), celui qui a perdu récemment sa mère (Paradis perdu) réussit à être désormais aussi percutant que touchant (la vibe afro de Fumée, ou le troublant Les échappés). Qui l’eut cru ? ● L.H.
Distribution Echelon records. Le 3/07 aux Ardentes (Liège)
La cote de Focus : 4/5
2. Anika – Abyss
Ancienne journaliste anglaise aujourd’hui installée à Berlin, Annika Henderson durcit le ton sur un album urgent et grand public (….) La description qui l’accompagne ne ment pas sur la marchandise. Abyss est né de la frustration, de la colère et de la confusion ressentie par Annika Henderson dans notre monde contemporain. Compliqué de lui donner tort dans le climat géopolitique actuel et une ambiance générale aux relents de plus en plus nauséabonds.
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Abyss est un disque nettement plus brut, urgent et énervé que ses prédécesseurs. C’est que, ça s’entend, il a été profondément inspiré par les années 1990, le son et l’attitude du grunge. Anika a consciemment cherché à fabriquer un album intrinsèquement physique. Des chansons qui fassent sortir l’auditeur de sa tête et le ramènent dans son corps. Ces titres à l’efficacité redoutable, elle les a écrits elle-même avant de les peaufiner avec son camarade mexico-suédois Martin Thulin d’Exploded View.
Plus sec, plus brutal, plus abrasif qu’Anika et Change, l’album a été enregistré en direct à Berlin avec un minimum d’overdubs dans les mythiques studios Hansa où ont été mis en boîte Low et Heroes de David Bowie, The Idiot et Lust for Life d’Iggy Pop et une flopée d’autres disques légendaires, qu’ils soient signés Nick Cave, Depeche Mode ou les Pixies.
«Give me oxygen. Give me what I want», martèle Anika au cœur de son disque. Abyss est celui d’un monde et d’une femme qui suffoquent. Mais comme reprendre son souffle et éviter l’asphyxie n’est plus possible que dans la révolte et l’action, l’Anglaise sort les griffes et se fait entendre. La voix d’Anita ne flotte plus froide, désenchantée et désincarnée, comme venue d’ailleurs. Désormais, elle s’inquiète, menace, agresse et mord. (…)
Il y a du Hole, du PJ Harvey (Last Song), du Savages (Hersay), du Courtney Barnett et même du Garbage (Abyss) dans ces morceaux taillés pour les amateurs de rock génération MTV. «I don’t want your opinion. I don’t want your advice. I don’t want supervision. I don’t want to be nice.» Elle le chante sur le trépidant Out of the Shadows, Anika est comme elles une femme de tempérament. Révélée en 2010 par Geoff Barrow de Portishead et son label Invada, avec un album hypnotisant, des reprises entre dub et kraut des Kinks, de Yoko Ono et de Dylan, Anika a bossé avec Tricky et Jim Jarmusch, Soundwalk Collective et Shackleton, Clark (Warp) et PBDY (Brainfeeder), des icônes punk (Gudrun Gut, Beate Bartel), des artistes performeurs et des maisons de mode. Elle semble désormais sortir des niches et plus que jamais en mesure de faire chavirer le cœur du grand public. ● J.B.
Distribué par Sacred Bones/Konkurrent. Le 25 avril au Grand Mix, à Tourcoing, le 27 avril à l’AB Club, à Bruxelles.
La cote de Focus : 4/5
3. Jazzy Bazz – Nirvana
Trois ans après l’excellent Memoria, Jazzy Bazz est de retour avec un nouvel album et un rap qui soigne ses rimes. Sur Nirvana, le membre du collectif L’Entourage (Nekfeu, Alpha Wann, etc.) franchit un palier supplémentaire, en mettant les mains dans le cambouis des productions. Avec pour conséquence de resserrer son propos, autant sur le fond que dans la forme.
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Mélancolique, Nirvana se déploie sur un groove downtempo languide. Surtout, en se débarrassant de ses dernières coquetteries techniques, le rap d’Ivan Bruno-Arbiser réduit toujours plus la distance avec son alter ego torturé. «Arrêtez de m’applaudir, j’ai presque l’impression d’exister», rappe-t-il notamment sur Vertigo. Déboulant sans le moindre single, ni promo (Jazzy Bazz a décidé de ne donner aucune interview), Nirvana s’impose instantanément comme l’un des disques de rap FR les plus réussis de ce début d’année. Ne passez pas à côté. ● L.H.
4. Half Asleep – The Minute Hours | Les Heures secondes
Half Asleep sort enfin de son… sommeil. Absente depuis une bonne décennie, la Bruxelloise Valérie Leclercq ranime le projet qui l’avait fait connaître au début des années 2000 auprès des amateurs de pop de chambre. Discrète, la musicienne n’a pas chômé dans l’intervalle: docu-fiction radio (Le Cerveau volé), collaboration avec l’Iselp (l’Institut d’art contemporain, à Bruxelles), etc. Ce goût de l’aventure, on le retrouve dans The Minute Hours|Les Heures secondes –le genre de disque à s’ouvrir par exemple avec un morceau de plus de sept minutes.
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«Enregistré « à la maison » en compagnie d’une série d’ami(e)s musicien(ne)s », ce sixième album cultive toujours une mélancolie acoustique (The Liberator, Car sans heure ne puys), mais donne aussi une nouvelle ampleur à la musique d’Half Asleep, allant chercher tant du côté des B.O. de films (God of the Sink) ou des polyphonies (Midnight Seam) que du post-punk (The Sun (Is a Blood Disorder)) ou du free jazz (Interlude 2), réussissant à être aussi remuant que réconfortant. ● L.H.
Distribué par Humpty Dumpty. Le 11 avril, au Botanique, à Bruxelles.
La cote de Focus : 4/5
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