The K.: « On voulait frapper là où ça fait mal »

The K. © David Widart
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Avec Burning Pattern Etiquette, les Liégeois de The K rangent leurs muscles et rejoignent le côté obscur de la force.

Dimanche, jour des seigneurs, heure de l’apéro… Le cheveu long, la boucle d’oreille dans le nez, Sébastien von Landau enchaîne jus de pamplemousse et Chimay bleue. Achète des vinyles des Swans et repère les déesses du pavé bruxellois qui sifflent leurs cannettes de Gordon à la paille sur les bancs d’église. Le chanteur et guitariste liégeois brosse la messe (sur les bords de Meuse, on appelle ça la Batte) pour défendre Burning Pattern Etiquette. Le deuxième album de The K.

Dans la catégorie poids lourds, en Belgique, les cadors ne se bousculent pas sur le ring. Généralement un peu trop de gras et souvent un cruel manque de style. Qu’à cela ne tienne. Toujours à même qu’il reste d’envoyer le spectateur au tapis et la concurrence pleurer chez sa mère, The K se réinvente là où d’autres s’enlisent. Disque désolé, vicieux et oppressant, Burning Pattern Etiquette suinte la violence banale du quotidien. « On a voulu se diriger vers quelque chose de plus sombre, explique von Landau. Ce n’est que notre deuxième album mais on joue ensemble depuis dix ans. On ne voulait pas à nouveau sortir les biceps. On voulait frapper là où ça fait mal. Un peu comme on va mettre son doigt et trifouiller dans une plaie. »

Ambiance lourde. Plaisir sadique… « Dans le van, j’ai énormément écouté les premiers albums de Nick Cave. Les débuts de Birthday Party. Ces ambiances un peu froides, pleines de reverb… Ça a peut-être joué. On a aussi encore renforcé le côté prédominant de la basse. On a toujours adoré Jesus Lizard mais son influence est encore plus présente aujourd’hui. »

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Requiem pour un massacre…

Fils et petit-fils de militaires (belges), Sébastien von Landau est né à Cologne et a grandi en Allemagne. « Mon père n’est pas militariste. Il a été chef opérateur sur des chars puis casque bleu. C’est plutôt un babacool. J’ai quand même pas mal baigné dans cette culture germanique. Je suis resté là-bas jusque 7 ou 8 ans. Je parlais français à l’école et à la maison mais on regardait souvent ZDF. Je me rappelle des programmes très oberbayern du dimanche après-midi. Les cars de vieux qui partaient s’installer dans des gradins à la campagne, au pays d’Heidi, pour applaudir des chanteurs locaux à la Helmut Lotti. »

Ancien étudiant en art qui n’a plus le temps de s’adonner à la peinture et à la vidéo, le garçon est plutôt branché nouvelle vague du cinéma allemand et néoréalisme italien. « Le Voleur de bicyclette par exemple. Mais tu ne trouves pas ça dans The K. Quoique. » Récemment, le Liégeois a été profondément marqué par L’Incinérateur de cadavres, un film obscur de 1969. « Il raconte l’histoire d’un père de famille qui se laisse entraîner dans le parti nazi tchèque des années 40. Il bosse dans un crématorium. Tu sens déjà le film glisser. Puis, tu te rends compte que son fils est un peu efféminé et que sa femme est juive. Certaines scènes sont tournées au fisheye. Le truc qu’utilisent tous les hipsters aujourd’hui. »

Il a aussi flashé sur Requiem pour un massacre. « Un film russe qui raconte le front de l’Est. C’est un peu leur Soldat Ryan, leur Apocalypse Now. Sauf que Requiem… est filmé à balles réelles. Les explosions, tout ça, c’est pas du chiqué. Les animaux mourant dans le film se sont vraiment faits dézinguer et quand le gamin se fait tirer dessus, les balles qui passent au-dessus de sa tête sont des vraies. Ils ont embauché des psychologues. C’est vraiment très trash. La guerre débarque aussi rapidement qu’elle arrive en réalité. Dans le cinéma occidental, le gars court. Tu as un plan de la mine antipersonnel. Tu revois le gars. Tu revois la mine. Et tu te dis: bon, il va marcher dessus. C’est très téléphoné. Là, tu es dans la peau du personnage qui court au milieu des bombes. Le film siffle comme ses oreilles. »

Burning Pattern Etiquette va nettoyer les vôtres. « Il n’y a pas d’histoire, de fil conducteur. Notre disque est un album photos. The K, c’est les faits divers, la rubrique des chiens écrasés. Des chansons du quotidien et de la monotonie. Le mec alcolo qui rentre chez lui et qui bat sa femme. On ne glorifie pas. Pas plus qu’on condamne. On raconte. »

BURNING PATTERN ETIQUETTE, DISTRIBUÉ PAR JAUNE ORANGE. ****

Sébastien von Landau: son top 5 des disques belges qui en ont…

Millionaire – Outside the Simian Flock

« C’est la perfection à l’état pur. Des chansons qui butent guitare en avant, des titres électro, des ballades. Je connais ce disque par coeur. En 2001, j’ai 15-16 ans. C’est une grosse baffe. Je l’écoute encore aujourd’hui. Il n’a pas pris une ride…  »

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The Rott Childs – Alleluia: A Brit Milah in G Melodic Minor

« Le premier Rott Childs est un super album. Tous ses membres ont une carrière derrière eux. Le batteur fait notamment partie de Rise and Fall. Leur musique n’est pas du tout conventionnelle. Très bruitiste, saccadée, math, même, à certains moments. J’adore. »

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Rape Blossoms – Starving Vultures at 7-Eleven

« Le chanteur vient de Bruxelles mais le groupe est gantois. Les six chansons de cet EP sont vraiment super. Très bruitistes. Très froides. Très Joy Division dans un certain sens. L’enregistrement est parfait. Il grésille juste comme il faut. »

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Ultraphallus – Lungville

« Ce disque a changé ma vie. Je suis sûr que si Phil, le chanteur d’Ultraphallus, lit ça, il va me détester. Mais il m’a familiarisé avec le sludge moderne. C’est un album qui vient de l’enfer. Genre rite initiatique de secte cabalistique. »

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Head of Wantastiquet – Mortagne

« Cet Américain vit à Anvers et a enregistré à la Ferme du Biéreau. Une sorte d’expérimentation néofolk avec du banjo, des bruits d’arbres. Certains disques calmes ont des couilles. Je suis sensible à ce genre de musique un peu concrète parfois. Un splendide album de dimanche après-midi. »

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