Rencontre avec Petit Biscuit, 17 ans, nouveau prodige de l’électro à la française

© MAGDALENA LAWNICZAK
Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Il a produit ses morceaux électro avant même d’avoir l’âge de pouvoir rentrer en boîte. À 17 ans, et un seul EP, Petit Biscuit a déjà réussi à se faire un nom sur la scène française.

Il a le visage de ses 17 ans (tout juste, depuis ce 10 novembre), et le rire un peu gêné qui va avec. Petit Biscuit, c’est lui. Né Mehdi Benjelloun, du côté de Rouen, il est le nouveau « prodige de l’électro française ». Une appellation un peu facile, mais pas complètement fausse: son premier EP, Sunset Lover, a accumulé un nombre conséquent d’écoutes sur les plateformes de streaming (un peu plus de 34 millions, rien que sur Spotify). Après un passage à Dour cet été, il n’a pas eu trop de mal non plus à remplir l’Orangerie du Bota: en deux jours, tous les tickets étaient écoulés. Pas mal pour un ado sorti d’à peu près nulle part…

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Aujourd’hui, le jeune homme a signé avec un éditeur musical (Sony ATV) et collabore avec l’un des gros tourneurs français (Asterios). Mais il fonctionne toujours sans label. Ce n’est pas faute de propositions. Pour l’instant, il préfère cependant attendre encore un peu. Appelez ça la maturité. Dans le cas de Mehdi Benjelloun, elle est presque effrayante. Peut-être parce qu’il a toujours été précoce? « A six ans, j’ai demandé à apprendre le violoncelle, explique-t-il. Et très vite, j’ai voulu commencer à toucher un peu à tout. Vers huit, neuf ans, j’ai commencé le piano, par exemple, puis la guitare. » Voilà pour le bagage classique. Pour le reste, il a pu compter sur les disques de ses parents. « Ce sont eux qui m’ont fait découvrir plein de trucs rock, comme Noir Désir. Ou des groupes plus synthés comme Depeche Mode, et récemment The xx.  »

Il se construit également sa propre culture musicale. Vers onze, douze ans, à l’âge où l’on est censé imiter les chorés des clips de Maître Gims, lui se prend de fascination pour les grooves bien barrés de Flying Lotus. Il bloque aussi sur les downtempo de Bonobo ou la dance soignée de l’Australien Flume. Le tout étant évidemment dégoté via Internet et des plateformes musicales telles SoundCloud. « À partir d’un artiste que vous aimez, il suffit de suivre les autres groupes suggérés, les morceaux proposés, les playlists, etc. C’est infini. Il suffit d’avoir un peu de curiosité.« Le jeune ado est également interpellé par les « leçons » de composition que poste un certain Stromae sur YouTube. « Quand vous regardez ces vidéos, ça a l’air tellement simple. Ça m’a donné envie de produire à mon tour.« Dans sa chambre, des micros, une guitare et un piano d’un côté, son ordinateur de l’autre. Et très vite, ses premières compositions qui, aux textures électroniques, ajoutent un goût affirmé pour les mélodies. En cela, Petit Biscuit est raccord avec une nouvelle scène française qui, après les tabassages fluo des années 2000 et sans tomber dans la mièvrerie de l’EDM, a remis des sentiments et de la douceur musicale dans sa techno -de Fakear à Superpoze.

Génération SoundCloud

Rencontre avec Petit Biscuit, 17 ans, nouveau prodige de l'électro à la française

Il y a deux ans, Mehdi poste donc son premier morceau. Dans la foulée, il se cherche un nom de scène, « qui soit synonyme de douceur et qui puisse représenter en même temps un personnage à la fois intrigant et assez attachant« . Il zappe les anglicismes. « Les « King of » et tout ça, très peu pour moi. Je voulais un nom très simple, qui évoque le mec qui bosse seul dans sa chambre. » Postés sur SoundCloud, repris par la chaîne YouTube ElectroPosé, les morceaux de Petit Biscuit feront leur chemin, jusqu’à l’amener aujourd’hui à envisager une première mini-tournée nord-américaine. Elle aura lieu en avril, pendant les vacances de printemps, histoire de ne pas perturber le cursus scolaire. Elève en terminale, Mehdi passera d’ailleurs son bac scientifique en fin d’année. « Cela ne devrait pas poser trop de problème… « , sourit-il. Et en plus, élève modèle…

Il n’y a jamais eu d’âge pour se lancer dans la musique. Pour prendre des exemples pas trop lointains, Adele a écrit son premier tube à 19 ans, et une pop star aussi confirmée que Lorde vient tout juste de fêter ses 20 printemps. On a malgré tout l’impression que le rajeunissement des troupes a eu tendance à s’accélérer ces derniers temps. Ce qui était atypique, et souvent marketé comme tel, ne l’est plus vraiment. « Franchement, l’âge est un détail« , glisse Petit Biscuit. La vague ado est surtout ressentie dans l’électro (de Madeon au Belge Felix -Lost Frequencies- De Laet, à peine 20 ans lors de son premier tube en 2014). Mais pas seulement. Aujourd’hui, les frangins rock de Lemon Twigs n’ont toujours que 19 et 17 ans… Faut-il y voir une tentative de l’industrie musicale de rester connectée avec le public jeune? Une cible historiquement cruciale, mais qui, en dehors du fait qu’elle n’a plus l’habitude de payer pour la musique, apparaît de plus en plus fragmentée et volatile? En récupérant un jeune musicien sur le Net, les maisons de disque mettraient aussi la main sur la communauté qu’il a su générer.

A cet égard, ce n’est pas la première fois que le Net est présenté comme un vivier inépuisable de talents. Il suffit de se rappeler la fameuse génération Myspace, celle qui, au milieu des années 2000, allait profiter des nouvelles technologies pour doubler l’industrie. Une décennie plus tard, la fameuse plateforme a disparu, sans réellement avoir remis le modèle classique en cause. Un coup trop tôt? En 2007, une enquête anglaise montrait que seuls 24 % des 18-24 ans européens avaient déjà visité Myspace, et que leur média de prédilection pour découvrir de la musique restait… la radio. Une décennie plus tard, les choses ont évidemment évolué. Les digital natives, les vrais, entendent bien profiter de toute la technologie mise à leur disposition. « En gros, aujourd’hui, les jeunes ont accès à une série d’outils pour développer leurs talents, explique Petit Biscuit. Moi, ça me permet de faire de la musique. Mais autour de moi, j’ai plein de potes qui font du montage vidéo, de la retouche photo… » Le péril jeune, c’est maintenant…

Petit Biscuit, Sunset Lover, autoproduit. ***(*)

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