Piqûres, mouvements de foules… Les festivals face à la sécurité

Pukkelpop 2011, Astroworld 2021, deux dates noires dans l’histoire des festivals. © belga image
Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Quelques mois après le désastre du texan Astroworld -dix morts dans un mouvement de foule-, les festivals belges de l’été prennent-ils des précautions particulières? Notamment face à la bizarrerie non encore élucidée de spectateurs victimes d’une aiguille intrusive.

Cela aurait commencé en février 2022, en France. Des jeunes femmes en particulier, en boîte de nuit, font un malaise. Certaines sont conduites à l’hôpital. Toutes semblent avoir été “ piquées” sans que le produit contenu dans la seringue ne soit -à ce jour- clairement identifié (lire encadré). Au printemps, les incidents de ce type se multiplient, en clubs, dans des matchs de foot, dans un festival à Belfort. Fin mai, la piquouze rejoint la Belgique: quinze supporters du FC Malinois, en Jupiter League, se sentent mal après une rencontre avec la seringue. Le 5 juin, un suspect de 20 ans est appréhendé en France après une autre série de piqûres lors d’un prime de TF1 à Toulon. WTF? Damien Dufrasne, patron de Dour: “ En tant que bon gestionnaire et bon père de famille, il faut être attentif à tout en termes d’actualité. Concernant cette histoire de piqûres, nous n’avons aucun fait concret, disant que ces seringues contiennent telle ou telle substance nocive…” Dour, énorme événement populaire -le plus grand de l’été en Belgique francophone en termes de fréquentation- dit donc ceci: “ De toute évidence, on va être vigilant, on va avoir 50 000 visiteurs par jour. Même si on a une étroite collaboration entre notre sécurité interne -à peu près 300 personnes-, les caméras, la fouille d’entrée, la police -80 à 100 par shift- et les services médicaux, pouvoir déceler un porteur de seringue semble compliqué.”

Marc Radelet, porte-parole des Francofolies, recontextualise les enjeux: “ Pour nous, la sécurité sur une édition coûte entre 150 000 et 200 000 euros. Cet aspect-là des choses est désormais extrêmement réglementé. Il y a une vingtaine d’années, on pouvait encore avoir des bénévoles qui, aux portes des Francos, allaient procéder à une “fouille” assez sommaire des spectateurs. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Tous les plans de sécurité comme celui d’une éventuelle évacuation du site suite à un incident grave -ça ne nous est jamais arrivé, heureusement- font l’objet d’une concertation entre police, pompiers et sociétés de sécurité officiellement agréées.” Radelet explique que, oui, la question des “piqûres” baladeuses a bien été évoquée lors d’une réunion début juin, mais que, face au flou sur la nature réelle de ces agressions, aucune mesure particulière n’a été prise: “ Si une décision face à cette question doit être prise, elle doit venir du politique. Qui pour l’instant en tout cas ne semble pas avoir décidé quoi que ce soit. De toute évidence, les Francos suivront toute nouvelle législation en matière de sécurité…

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Un stade très occupé

Le 5 novembre 2021, lors de la première soirée du festival Astroworld, organisé à Houston, au Texas, par le rappeur Travis Scott, un mouvement de foule parmi les 55 000 spectateurs présents, tourne au désastre. Dix morts et 300 blessés, ce n’est pas une première de foules incontrôlables. Neuf morts lors de la performance de Pearl Jam au Roskilde danois en 2000, 11 lorsque The Who se produit au Riverfront Coliseum de Cincinnati, Ohio, fin 1979. Et puis, il y a dame nature et électricité. En 2007 à Couleur Café, le feu prend dans l’un des entrepôts de Tour & Taxis: scène irréelle de 25-30 000 personnes évacuées du site vers 19 heures dans la rue d’à côté et qui peuvent reprendre le cours du festival deux heures plus tard. Des blessés? Oui, deux, légèrement par intoxication à la fumée, rien de gravissime. C’est nettement plus pesant lorsque, le 18 août 2011, une tempête ravage le site du Pukkelpop, détruisant les scènes, le camping, les installations et chapiteaux du festival. Les pylônes électriques faisant office de grande faucheuse: au total, 5 personnes perdent la vie, 11 sont gravement blessées, 140 passent par l’hôpital. Les images -visibles sur YouTube- sont terrifiantes. Alors, bien évidemment, c’est le worst case scenario, apocalyptique, imprévisible.

Difficile de ne pas penser à Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles: il a un été chargé. Hormis les festivals -Core, CC, Arena, Atom-, il est aussi partie prenante via la Ville de concerts au stade Roi Baudouin. Une soirée Stones, deux Ed Sheeran et pas moins de quatre Coldplay: il est question d’environ 350 000 visiteurs au nord de Bruxelles. Sans comptabiliser le foot et les autres événements, type concerts au Palais 12. Close dirige donc aussi les forces de la police de la capitale: “ Les mouvements de foule? C’est ce qui fait le plus peur. Astroworld évidemment, mais bon il y a aussi eu le drame du Heysel (39 spectateurs morts lors d’un match de foot en mai 1985, NDLR). C’est extrêmement compliqué à contrôler: une fois qu’un mouvement de foule démarre, il devient pratiquement ingérable… Lorsque Taratata est venu sur la place des Palais en 2011, la capacité était de 17 000 personnes: une cinquantaine de milliers sont venues. Pendant une heure, on a perdu le contrôle… Heureusement, il n’y a pas eu de drame. On a essayé d’en tirer les leçons…”

Au fil de l’aiguille

Si les victimes de piqûres portent plainte, il y a systématiquement une analyse de sang, toxicologique, précise l’épidémiologiste Yves Coppieters . En Belgique, aucun bilan sanguin n’est revenu positif à quoi que ce soit. On a parlé entre autres d’injection de la fameuse “drogue du violeur”, le GHB, et évoqué d’autres substances psychotropes. Mais les sensations ressenties par les victimes -sueur, faiblesse, syncope- font penser à des crises d’hypoglycémie et donc pourraient venir d’une injection d’insuline. Une substance qui est extrêmement compliquée à mesurer entre ce que le corps produit naturellement et un apport extérieur. Si la piqûre est réelle, les symptômes pourraient aussi provenir d’un symptôme psychologique, d’angoisse, de crainte, de stress, plutôt que d’un produit particulier.” Histoire virale ou pas, incontestablement à suivre alors que la saison des festivals débute.

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