Critique | Musique

Nos albums de la semaine: The Avalanches, Blood Orange, Flamingods…

The Avalanches © DR
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Seize ans après leur premier album, les serial sampleurs australiens s’osent à lui offrir un successeur. Wildflower, ou l’arrivée dansante et bariolée de l’été. Si si… Et pour le coup, on vous parle également des albums de Blood Orange, Dominique Blanc-Francard, Coxsone’s Music et Flamingods.

The Avalanches – Wildflower

DISTRIBUÉ PAR XL RECORDINGS. ****

LE 18/08 AU PUKKELPOP (HASSELT).

Annoncé en 2005 comme un work in progress de world music ambient, puis l’année d’après comme le disque que son label Modular n’osait espérer (« et bien plus encore« ), le successeur de Since I Left You avait fini par devenir une chimère. Une idée vaine qui resterait le pur produit de notre plus ou moins fertile imagination. Seize ans après leur clinquante carte de visite, les Avalanches ont donc fini par venir à bout de leur deuxième album et le résultat -on ne va pas faire durer le suspense- est à la hauteur de l’attente.

Frankie Sinatra, le premier single de cette bouillonnante et fourmillante créature, avait déjà apaisé les craintes. Danny Brown et MF Doom y rappaient sur un morceau à l’efficacité redoutable drivés par des samples de Bobby Sox Idol, une chanson enregistrée dans les années 40 par le chanteur de calypso Wilmoth Houdini, et de La Mélodie du bonheur, cette célèbre comédie musicale de Rodgers et Hammerstein adaptée au cinéma par Robert Wise avec Christopher Plummer et Julie Andrews.

Terminé la veille de son mastering, Wildflower est un disque de music lovers. Un album auquel a participé une cohorte d’invités savamment sélectionnés. S’ils n’ont pas utilisé leur collaboration avec Jens Lekman et Connan Mockasin, les kangourous dansants n’ont pas snobé les coups de main de Toro Y Moi, Father John Misty et Jennifer Herrema (Royal Trux). Les contributions du duo hip hop du Bronx Camp Lo, du Silver Jew David Berman, du compositeur proche de Michel Gondry Jean-Michel Bernard (La Science des rêves, Soyez sympas, rembobinez) ou encore du fidèle comparse de Nick Cave Warren Ellis.

Recycleurs de génie, Robbie Chater et Tony Di Blasi font honneur à leur réputation de sampleurs fous. Fous curieux et de terriblement bon goût. On croise ainsi sur le Justicien Subways, mélangée au Warm Ride des Bee Gees, la bluffante Chandra, fille de l’artiste contemporain Dennis Oppenheim qui sortit en 1980, à l’âge de 12 ans, un EP (Transportation) de post-punk mutant. Ou encore Honey Cone et son très Jackson 5 Want Ads sur lequel vient rapper Camp-Lo (Because I’m Me). Musique avalanchienne de bord de mer, pop psyché- délique, vieille soul, hip hop…: Wildflower, avec sa pochette clin d’oeil au There’s a Riot Goin On de Sly and The Family Stone, est un génial fourre-tout dans lequel ont entre autres été entassés Jerry Lewis et les Beatles (The Noisy Eater), les Queens of the Stone Age (If I Was a Folk Star), Lou Barlow (Stepkids) et une kyrielle d’artistes plus obscurs.

Pendant leur lente gestation, les Avalanches ont scoré la comédie musicale King Kong (2013) et un film animé décrit comme une version hip hop de Yellow Submarine qui n’a jamais été terminé. Ils ont aussi bossé avec Luke Steele (alors Sleepy Jackson mais pas encore Empire of the Sun), ce dont témoigne Colours, qui ne possède pas le moindre sample et se voit porté par la voix du chanteur de Mercury Rev Jonathan Donahue. Le remède parfait à la morosité ambiante et à ce mois de novembre pourri… (J.B.)

Dominique Blanc-Francard – It’s a Teenager Dream

DISTRIBUÉ PAR WARNER. ***(*)

Ingénieur du son français, Dominique Blanc-Francard s’est fait la main dans les années 70 aux mythiques studios du château d’Hérouville. Pour ses 50 ans de métier, il publie It’s a Teenager Dream, à la fois livre (aux éditions Le Mot et le Reste), et recueil de reprises. Pour ce dernier, DBF a proposé à une quinzaine de noms francophones (de son fils Sinclair à Stephan Eicher) de s’attaquer aux chansons « qui lui ont donné l’envie de consacrer sa vie à la musique ». Forcément inégal (la loi du genre), mais à mille lieues de tout enjeu commercial, It’s a Teenager Dream a le charme d’un joli ovni, faisant chanter Elvis à Biolay, Buddy Holly au regretté Hubert Mounier, ou, mieux encore, Stand By Me à Adamo. (L.H.)

Divers – Coxsone’s Music 2: The Sound of Young Jamaica

DISTRIBUÉ PAR SOUL JAZZ/V2. ****

Fondateur du label Studio One, Clement Seymour Dodd, alias Sir Coxsone, régnait à la fin des années 50 et au début des années 60 sur les dancehalls de Kingston. Testant ses productions en soirée avant de les commercialiser. Le jeune Bob Marley, Toots and the Maytals, les futurs Skatalites Don Drummond, Roland Alphonso et Tommy McCook…: The Sound of Young Jamaica plonge dans le rhythm and blues, le jazz et le gospel jamaïcains de l’époque. Une époque proto-ska qui va définir l’identité de la nouvelle nation, la Jamaïque déclarant son indépendance le 6 août 1962. 41 titres, deux CD ou trois vinyles. Une compile roots et maousse costaud. (J.B.)

Flamingods – Majesty

DISTRIBUÉ PAR SOUNDWAY RECORDS. ***(*)

Concept album qui raconte le périple dans la jungle d’un personnage inspiré par La Montagne sacrée de Jodorowsky, Majesty est déjà le troisième album des Flamingods. Musiques arabes, tropicalisme… Ce collectif nomade écartelé entre Londres et Dubaï mais dont la plupart des membres sont originaires du Bahreïn bricole une pop psychédélique et métissée. Enregistré sur un bateau et divisé en deux parties correspondant au matin et à l’après-midi, cet album écrit et arrangé à partir d’un récit lyrique et musical est un disque du soleil. Un trip hallucinogène, gentiment et exotiquement barré, qui doit autant au rock psyché occidental qu’aux sonorités d’Orient. Introspectif mais rafraîchissant. (J.B.)

Blood Orange – Freetown Sound

DISTRIBUÉ PAR DOMINO. ****

Dev Hynes est un drôle de coco. Né à Londres (1985), il a commencé à oeuvrer au sein du combo indie-punk Test Icicles, avant de saborder le projet pour devenir Lightspeed Champion, échappée solo folkeuse avec laquelle il sortira deux albums. Dans la foulée, il aura réussi à glisser son nom dans la liste des auteurs-producteurs qui comptent dans le business pop, collaborant aussi bien avec les Chemical Brothers que Florence & The Machine, Kylie Minogue ou surtout Solange Knowles, affinant le profil r’n’b alternatif de la soeur à Beyoncé. Sous le nom de Blood Orange, Hynes s’est lui-même attaqué au format. Avec ce qu’il faut de sentimentalité mais aussi de « déviances » et de détours plus expérimentaux, proches parfois de la dream pop pour hipsters. C’est toujours le cas de ce nouveau Freetown Sound, troisième album intrigant, faussement simple. Plus que jamais, Hynes y greffe des interrogations éminemment politiques. Planquées sous le miel des mélodies et des voix, les questions de races ou de genres sont celles qui reviennent le plus souvent dans la discussion. Dès l’entame, par exemple, le sirop amoureux de By Ourselves est interrompu par la diatribe féministe de la poétesse Ashlee Haze. Plus loin, l’interlude With Him sample le docu Black Is… Black Ain’t du réalisateur gay afro-américain Marlon, tandis que Desirée débute par un extrait de Paris Is Burning, autre docu sur la culture des bals drag queen à New York. Tout cela, heureusement, sans que le propos ne noie la musique, mélange aventureux de soul, r’n’b, funk (E.V.P.) et de pop FM, truffé de trouvailles de production. (L.H.)

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