Critique | Musique

Nos albums de la semaine: Clement Nourry, Nefkeu, The Sound of Belgium…

Clement Nourry © DR
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Echappé de Joy As A Toy, Clement Nourry, le guitariste de Nicolas Michaux, marche sur les traces de John Fahey et de Jim O’Rourke avec un album, jazzy et instrumental, de folk électrique et de rock introspectif. Également nos critiques des albums de Nekfeu, She & Him, The Colorist & Emiliana Torrini et du 3e volume des compilations The Sound of Belgium.

Clement Nourry – « Under the Reefs »

FOLK/ROCK. DISTRIBUÉ PAR CHEAP SATANISM RECORDS/MANDAÎ. ***(*)

Le 19/1 au Botanique.

C’est une histoire belge. Mais celle d’un Français. Un Lillois qui a quitté les bancs de l’unif, option math-physique, pour le Conservatoire de Bruxelles. Un guitariste aguerri qui a étudié le cor et la flûte bec, a gratté le nylon sur du Queen, du Lou Reed et du AC/DC… Avant d’étudier le jazz quand il n’était pas encore revenu dans l’air du temps. Jeune papa, vieux trentenaire, Clement Nourry a déjà pas mal roulé sa bosse. Que ce soit avec les empêcheurs de tourner en rond de Joy As A Toy ou aux côtés de l’ancien Eté 67 Nicolas Michaux dont il accompagne la réinvention sur les sentiers escarpés d’une chanson française qui part à l’aventure.

Tout juste diplômé, Nourry s’était déjà bricolé un album solo artisanal en 2006. Il en dessinait les pochettes et l’avait même défendu à travers l’Europe dans des bars à moitié vide, devant des gens à moitié plein, ou en tout cas guère passionnés par ce qu’il avait à leur offrir. Dix ans plus tard, Under the Reefs, disque instrumental né d’une rupture sentimentale (« une époque de changement »), emmène le guitariste bruxello-chti sur les pas tortueux d’un folk à la fois accessible et compliqué. Improvisé et savamment pensé. Pas question de naufrage ici. Le garçon est un disciple de Bert Jansch, de John Fahey, de Jim O’Rourke, de Marc Ribot. Ces gratteux virtuoses qui aimaient frotter leurs cordes au jazz et aux musiques traditionnelles, au classique et aux sonorités plus expérimentales…

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Enregistrement: Nicolas Michaux, mix: Pierre Vervloesem (le Zappa belge qui a coproduit le premier dEUS) et pochette: Antoine Bonan (Great Mountain Fire). Under the Reefs navigue dans les mêmes eaux qu’un Ryley Walker (la voix en moins) et se laisse dériver, emmené par le courant, dans une introspection en scaphandrier au fond de l’océan. On pense à un William Tyler, à Daniel Bachman. A tous ces musiciens qui parviennent à raconter des histoires sans avoir à décrocher un mot. Du splendide et tourmenté Hoedic au rassurant Short Stories en passant par La Ligne de flottaison et Le Naufrage (avec ses faux airs de Dans Dans), Under the Reefs sonne comme les aventures en mer d’un miraculé. Miraculé du coeur sauvé d’une noyade amoureuse à laquelle il aurait abandonné ses tourments et son chagrin.

Pour commencer l’année en beauté, Clement proposera le 19 janvier au Botanique un concert performance avec la danseuse de but? Anne Laure Lamarque (sa compagne) dans le cadre de l’exposition 5 Cities consacrée au photographe William Klein. Cadrage sauvage, flou assumé. Klein est connu pour son approche subjective et fragmentaire de la réalité et c’est ce qu’incarnent finalement les six scénettes instrumentales de ce magnifique Under the Reefs. Applaudissements Nourry… (J.B.)

Nekfeu – « Cyborg »

RAP. DISTRIBUÉ PAR SEINE ZOO/UNIVERSAL. ****

Le 1er décembre dernier, au beau milieu de son concert à Paris Bercy, Nekfeu annonçait l’arrivée, dès le lendemain, d’un tout nouvel album. Une sortie-surprise dont sont coutumières les stars américaines, mais qui est beaucoup moins courante en France: c’est dire l’envergure et la popularité qu’a acquises le rappeur parisien. Depuis Feu, son premier disque solo paru en 2015, le beau gosse hip hop a réussi à combiner crédibilité dans le milieu et ouverture vers le grand public, se retrouvant interviewé aussi bien par le Figaro que par Yann Moix sur le plateau de Ruquier. Prochainement, Ken Samaras de son vrai nom fera même ses premiers pas d’acteur aux côtés de Catherine Deneuve (Tout nous sépare, attendu en 2017). Sur du velours donc, Nekfeu? A voir. Son nouvel album est en effet tout sauf euphorique.

Après le Feu, la glace: pour l’essentiel, Cyborg sonne claustro, angoissé, tendu. Faut-il y voir l’impact des événements (à Paris, Nice, etc.)? Ou alors est-ce le succès, et les difficultés à le gérer, qui plombent? (« Ça fait bizarre de voir les keufs reconnaître ma tronche », sur Squa; ou encore, sur le même morceau, « Je tourne avec Catherine du Nine/Mais la maille ne vaut pas l’prix d’une âme »). Peu importe. Dans tous les cas, le blues va bien au leader du S-Crew. « Laisse tourner le vinyle qu’on oublie toute cette merde », rappe-t-il, samplant Archie Shepp sur Vinyle. Laissant près de la moitié des productions aux mains de Hugz Hefner (le Merci beaucoup de JeanJass et Caballero, c’est lui), il ne se contente pas de lorgner vers Drake (« Seine Zoo, le French OVO », sur Saturne), mais varie les registres avec une aisance technique toujours aussi bluffante. Avec au final un second essai aussi copieux que solide. (L.H.)

Divers – « The sound of Belgium, vol. 3 »

COMPILATION. DISTRIBUÉ PAR NEWS. ****

On ne peut s’empêcher de penser à Eric Beysens, DJ pionnier de la new beat décédé cet automne, au moment où paraît ce troisième et dernier numéro des compilations The Sound of Belgium. Après deux premiers volets (le noir et le jaune), qui avaient déjà rassemblé plus d’une centaine de morceaux, voici logiquement l’épisode « rouge ». Il regroupe à nouveau pas moins de quatre CD. Des fonds de tiroirs? Que nenni. Les classiques continuent en effet d’abonder, de Plastic Bertrand à Zsa Zsa La Boum, en passant par les Tueurs de la lune de miel, Zinno (What’s Your Name?), 101 (Rock To The Beat), 1000 Ohm (A.G.N.E.S), etc., achevant de dresser le portrait d’une certaine new wave à la belge, entre angoisse, coup de bluff et second degré rigolard. (L.H.)

The Colorist & Emiliana Torrini – « The Colorist & Emiliana Torrini »

POP. DISTRIBUÉ PAR ROUGH TRADE. ***(*)

Emiliana Torrini n’a jamais eu peur des collaborations inédites. Cette fois, c’est avec les Belges de The Colorist Orchestra que s’est alliée la chanteuse islandaise. Le projet mené par Aarich Jespers et Kope Proesmans (Zita Swoon) s’est spécialisé dans la revisite de répertoires pop, les passant par une trame plus acoustique et classique. Dans le cas de Torrini, la formule a été testée lors d’une série de concerts. En voici aujourd’hui un témoignage live, proposant une douzaine de titres, dont les tubes retravaillés (Caterpillar aérien, Jungle Drum en mode cabaret) et même un inédit (When We Dance). Réussi, l’exercice permet de donner de nouvelles… couleurs, plus chaleureuses, toujours aussi rêveuses, à la musique de l’Islandaise. (L.H.)

She & Him – « Christmas Party »

POP. DISTRIBUÉ PAR SONY. ***

Après avoir déjà donné leur version des chants de Noël, en 2011, She (Zooey Deschanel) & Him (M. Ward) repassent les plats avec une nouvelle sélection de saison. Pour l’essentiel, le duo indie-folk s’attaque à une série de classiques US des années 40-50, comme par exemple Run Run Rudolph, Winter Wonderland, Let It Snow... Si leurs interprétations ne réinventent pas la bûche, elles dégagent suffisamment de détachement cool pour ne pas écoeurer. Ailleurs, ils s’essaient à une version gentiment « philspectorienne » du All I Want For Christmas de Mariah Carey. Mais c’est encore dans les ballades -le Christmas Memories de Sinatra ou The Coldest Night of the Year de Vashti Bunyan- que She & Him est le plus pertinent, dans un exercice aussi inutile que charmant. (L.H.)

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