Les nouvelles têtes du rap game belge

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Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Essoufflée, la scène hip-hop belge? Que du contraire. Alors que les têtes d’affiche continuent de sortir leurs cartouches, focus sur les nouvelles têtes du rap game.

Le média web Alohanews posait encore la question récemment: « La hype du rap belge est-elle terminée? » Le buzz et l’emballement de 2016, certainement. Mais ce n’est pas pour autant que la scène s’est rendormie: de JeanJass & Caballero, qui ont sorti leur projet High & Fines herbes au printemps (avant d’enchaîner avec leurs solos respectifs), à Hamza (l’EP 140 BPM), en passant évidemment par le très attendu QALF de Damso, ou un nouveau projet (l’ultime?) de L’Or du commun. Les « cadres » sont donc toujours là -certains n’ont même toujours pas sorti leur premier « véritable » album (Krisy, Isha).

Mais ce n’est pas tout. Derrière, une nouvelle génération trépigne. Avec ses nouvelles stars -Lous & The Yakuza, Green Montana. Ses nouveaux codes -les mèches colorées de Geeeko, la viralité implacable de 34A, les zumbas de Wills Tengaishy. Ses nouvelles ouvertures -la musicalité d’un Smalho. Ses nouveaux QG aussi: alors que l’ébullition de ces dernières années était souvent partie de Bruxelles, une ville comme Liège s’agite à nouveau avec, notamment, Bakari, Absolem ou Moji & Sboy. De quoi voir venir. La deuxième vague, c’est maintenant.

Green Montana

« Y a Green Montana dans la gova« , annonçait Isha, il y a déjà deux ans (sur le deuxième volume de La vie augmente, avant de l’inviter pour un featuring sur l’épisode suivant). Depuis, le petit nouveau a fait pas mal de chemin. Originaire de Verviers, Green Montana a affiné son flow enfumé et son sens de la mélodie vrillée à l’autotune. Certes, sur le fond, on ne révolutionne pas forcément la trilogie sexe, fumette et rimes salaces. Par contre, la musicalité que Green Montana réussit à y glisser le fait largement sortir du lot. Entre mélancolies traînantes (Les Ennuis, Juste un moment) et crasses à tendance plus dance (le beat house du récent Sale tchoin), il slalome avec une aisance assez impressionnante. Épaulé par Isha et son équipe, Green Montana a pu en outre signer sur 92i, le label de Booba. Le genre de soutien qui devrait suffire à lui garantir une belle fenêtre de tir pour son premier album, Alaska, attendu d’ici la fin de l’année.

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Le Motif

Il n’arrête jamais. De son vrai nom Olivier Lesnicki, Le Motif charbonne avec obstination et, toujours, le sourire. Jusqu’ici en restant dans l’ombre: producteur-topliner à succès, il a démarré aux côtés de sa soeur, Shay (le morceau PMW), avant de se retrouver crédité sur des tubes comme Réseaux de Niska, ou Mobali de Siboy, ou d’apparaître en featuring (La Brume, de Meryl, par exemple). Aujourd’hui, c’est à son tour de prendre la lumière. Notamment grâce au défi qu’il s’est lancé le 6 août dernier: produire un morceau par jour jusqu’à la sortie, cette semaine, de son nouvel EP, Première partie.

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Jaffa

C’est encore les débuts pour Jaffa, mais ils sont prometteurs. Basée à Spa, la jeune femme bosse notamment avec le rappeur Bakari pour l’écriture (lire plus loin), et Iamnot pour les productions. Jusqu’ici, elle n’a révélé qu’une paire de morceaux sur Spotify -dont Tic Tac, joué l’an dernier en live sur le plateau de Tarmac, et le récent Ohé, jolie ballade rap qui mélange Hugues Aufray, Françoise Hardy et notes de guitare cubaine. Ne s’éloignant jamais trop des fondamentaux hip-hop, Jaffa zappe la langueur r’n’b pour préférer une soul mélancolique. Confirmation attendue avec de nouveaux morceaux annoncés pour ces prochains mois…

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Lous & The Yakuza

Prévu pour le 16 octobre prochain, le premier album de Lous & The Yakuza était censé arriver bien plus tôt. Las, le Covid est passé par là. La pandémie a changé les plans, mais pas l’ambition -énorme- de celle qui a en effet plus d’un atout pour devenir une vraie star, entre esthétique rap et visées pop. Enchaînant les singles (Gore, Dilemme, Laisse-moi avec Hamza…), les plateaux télé français (de Nagui à Yann Barthès) et les bons plans web (de Konbini à Colors), la Bruxelloise a été omniprésente -y compris sur le podium de la manifestation bruxelloise Black Lives Matter. Turn me Lous

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Gutti

Si le rap belge a longtemps été une grande pétaudière, la solidarité et l’entraide sont désormais devenues la règle. Ces derniers mois, rares sont ceux qui, comme Gutti, ont reçu autant de force de la part de leurs pairs. D’abord avec le morceau Avenue Louise (« Avenue Louise, bébé, j’ai dévalisé Versace/Si c’est pas la musique, on vivra du sachet »), mais surtout avec Gutti World 1. Issu du collectif Ceelo Squad, le rappeur bruxellois y dévoile ses influences US et son sens de la punchline graveleuse, second degré compris. Un deuxième volet a suivi, produit par Berry (Booba, Vegedream, etc.). Le troisième devrait arriver d’ici la fin du mois…

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Frenetik

Récemment, le rappeur bruxellois plantait sa longue carcasse devant le micro des webcapsules Colors. Il n’en fallait pas plus pour faire exploser une cote qui, depuis quelques mois maintenant, n’a cessé d’enfler. Sourcils froncés, regard ombrageux; David de son prénom, 21 ans, débite ses rimes brutes de décoffrage avec une froide détermination. Net et précis, il raconte la rue et la poésie des quartiers déclassés -« Ma chérie, je ne suis pas sauvage/Moi, la violence, je l’embellis » (Trafic). Rattaché à l’écurie Jeune Boss, Frenetik devrait donner rapidement une suite à son premier EP, Brouillon.

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Saskia

Il n’a fallu que deux titres à la Bruxelloise pour déclencher un mini-buzz. Le premier, Pause, a été produit par Simon Le Saint (DJ incontournable et batteur sur scène pour Stromae et Aya Nakamura) et De La Fuentes (Krisy). Sorti cet été, le second, La Mer, a enfoncé le clou, confirmant à la fois le don de la jeune femme pour la mélodie qui fait mouche, ainsi que son goût pour les ballades romantiques, quelque part entre chanson française et r’n’b nineties, France Gall et Vitaa. Signée sur la major Sony (France), Saskia devrait faire pas mal parler d’elle dans les mois à venir.

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Lyna

Sur son dernier single, Loco, sorti la semaine dernière, elle rappe presque avec des airs de MIA. C’est encore une nouvelle facette du talent de la jeune Louvaniste. D’origine marocaine, Lyna Lahbiri a enchaîné pas mal de concours et autres télécrochets (The Voice Vlaanderen), avant de sortir finalement l’an dernier un premier album, Lemon Haze. Dans un genre qui a toujours du mal à se faire une place dans le paysage local -en gros, la pop r’n’b à l’américaine-, Lyna est assurément l’une des chanteuses les plus crédibles et douées, sur disque comme sur scène.

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Geeeko

Au printemps dernier, Geeeko sortait son premier projet, Réel, creusant un créneau finalement assez peu exploité par ici: la trap codéinée, quelque part entre Travis Scott et feu Juice WRLD. Né au Burundi, Jonathan Nezzi a grandi entre le Rwanda et le Burkina Faso, avant d’atterrir en Belgique à l’âge de quatorze ans. Sept années plus tard, il agite ses tresses fluo sur des productions signées principalement par Chuki Beats. Sous influences ricaines (Traphouse), il fantasme un rap à la fois mélodique et drogué (Money Talk), glissant au passage l’une ou l’autre référence afro (Fendi).

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Le cas Bakari

Cela ne pouvait pas durer plus longtemps. Depuis que le rap belge a retrouvé des couleurs, il a pioché l’essentiel de ses têtes d’affiche à Bruxelles. Ailleurs, pourtant, la nouvelle donne a également provoqué des remous. À Liège notamment.

« Je parle de la rue mais plus de la même manière. »

La Cité ardente a toujours joué un rôle important sur la scène locale -il suffit de mentionner le nom de Starflam, premier groupe rap à obtenir le disque d’or au pays. Mais, au moment de la bascule de 2015, la plupart ont loupé le train. Ces derniers mois, cependant, une nouvelle génération s’est mobilisée pour agiter à nouveau le cocotier. Bakari en fait partie. « Je viens de 4030, Grivegnée, précise-t-il, à quelques minutes d’un rare des showcases en temps de Covid. Cela étant dit, Liège n’est pas très grand, personne ne reste enfermé dans son quartier, tout le monde finit par se retrouver en ville. » Il y a deux ans, Bakari sortait déjà l’EP Kaléidoscope. Depuis, il a ajouté une série de singles très réussis, un quasi-sans faute, dont le remarqué Mélodie (« J’aimerais oublier un peu/Ici, y a pas de fumée sans beuh« ) ou Ailleurs, avec une participation d’Isha. « C’est l’un des seuls qui réussit à parler de la rue sans en rajouter ou se la jouer. »

Né il y a 23 ans à Luvungi, dans le Sud-Kivu, en RDC, Bakari a grandi au Rwanda, que ses parents ont dû fuir lors du génocide. C’est en 2004 qu’il arrive en Belgique -« Le pays se remettait lentement. Pour mes parents, c’était compliqué, ils avaient imaginé autre chose pour élever leur famille« . Débarqué à Liège, Bakari tombe très vite dans le rap. « C’est le premier truc que j’ai creusé quand je suis arrivé. Autour de moi, les jeunes n’écoutaient que ça de toutes façons. » C’est Booba qui frappe en premier lieu son imagination, l’amenant à plonger plus loin dans le rap francophone, avant d’enchaîner avec les héros américains. Dans la foulée, il se met à traîner du côté de la Maison des jeunes, en Outremeuse, et y voit ses camarades enregistrer des sons. Au bout d’un moment, il se lance et commence lui-même à écrire ses premiers textes. À quoi ressemblaient-ils? « De la violence à l’état brut. Parce que l’environnement dans lequel j’ai grandi était comme ça… Aujourd’hui, j’ai pris du recul. Tout le côté petits trafics, bicrave, « on baise tout le monde », etc., je n’en parle plus. Ou en tout cas, plus de la même manière. C’est normal, on évolue. »

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De fait, si la musique de Bakari ne s’est pas éloignée de la rue, elle a su trouver au fil du temps sa propre identité, le verbe toujours aussi tranchant, mais le flow plus élastique et mélodieux. « Au début, j’essayais d’imiter Rohff, Booba, etc., comme les trois quarts des rappeurs. Ils ne l’avoueront jamais, mais tout le monde passe par là. Ce n’est qu’à force de passer du temps en studio et d’écouter d’autres musiques que tu commences à trouver ta voix. » Ce qui se reflète musicalement, slalomant entre phases rappées et lignes plus mélodiques (la guitare espagnole de Barrio), faisant le lien entre réalisme cru (« Je fais partie des miséreux » , rappe-t-il notamment), et punchlines bien senties (« Devant un flic, je m’appelle Gilles de la Tourette« , sur Kaléidoscope, lorgnant les acrobaties d’Alpha Wann). « De toutes façons, le mythe d’un passé glorieux où le rap était « conscient », ça ne tient pas la route. Il y a toujours eu les deux, à la fois les revendications de Public Enemy et la déconnade de Run DMC.« 

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