[l’album de la semaine] Kurt Vile – « Watch my moves »: Vile que Vile

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Kurt Vile invite Chastity Belt, embauche Cate Le Bon et reprend Bruce Springsteen sur un disque à la décontraction hypnotisante.

Au début de la pandémie, Kurt Vile était de son propre aveu au bout du rouleau. Il avait même vu d’un plutôt bon oeil le confinement. L’occasion de se créer sa bulle, de s’enfermer dans son monde et de se terrer en studio. Bouffée d’oxygène? Retour au plaisir simple de l’enregistrement? La perte de gens qui lui étaient chers, comme son collaborateur John Prine emporté par le virus, ont transformé l’expérience en cauchemar et donné au disque sa couleur. Une teinte assez triste et mélancolique de laquelle surgit la lumière.

Âgé de 42 ans, Vile s’est rêvé en Beck du XXIe siècle avant de fonder The War on Drugs en 2005 avec Adam Granduciel, puis de se lancer dans une carrière solo à l’esprit et à la coolitude toutes américaines. Huit albums, une collaboration avec Courtney Barnett, des enregistrements avec Dinosaur Jr., The Sadies, Steve Gunn et le regretté John Prine donc, illustre figure du folk américain entre autres chanté par Joan Baez, Bette Midler et Johnny Cash. Fils spirituel de Bob Dylan et de Neil Young, Vile marche sur les traces des plus grands depuis quinze ans. Et ce avec une déconcertante décontraction.

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Un clavier Farfisa rouge acheté pour capturer le son des débuts de Pink Floyd, une console dénichée chez Mitch Easter, l’ancien ingénieur du son de REM et Pavement… Pendant que le monde se morfondait et apprenait à ralentir, Vile s’est aménagé un studio chez lui dans sa cave. Pour concocter Watch My Moves, l’Américain a embarqué son groupe, les Violators, et demandé l’aide à la production de Rob Schnapf (Richard Thompson, Elliott Smith). Il a embauché Chastity Belt (Chazzy Don’t Mind), l’exceptionnelle Cate Le Bon (sur Say the Word, l’une des cinq chansons qu’ils ont enregistrées ensemble à l’automne 2019) ainsi que les percussionnistes Stella Mozgawa (Warpaint, Courtney Barnett…) et Sarah Jones (Hot Chip, Harry Styles). Il a aussi invité Bruce Springsteen. Du moins une de ses chansons: Wages of Sin. Avec un double clin d’oeil. Pour le clip de l’hypnotique Like Exploding Stones, le réalisateur Sean Dunne s’est inspiré d’un de ses titres les plus célèbres du Boss, Streets of Philadelphia. Kurt Vile est moins dans les rues de Philly que dans ses bois, mais il a amené à son americana, à son folk rock des grands espaces, une certaine touche de modernité urbaine. Le guitar hero entête avec une comptine au piano (Goin on a Plane Today), enchaîne avec le contagieux Flyin (Like a Fast Train) et adresse un hommage à sa nouvelle maison de disques, le label de jazz Verve Records, en conviant le saxophoniste James Stewart du cosmique Sun Ra Arkestra. Ménestrel? Sorcier? Vile parvient à rendre magique et exceptionnel ce qui semble couler de source.

ROCK Kurt Vile, « Watch My Moves », distribué par Verve Records. ****

Le 05/09 au Rivierenhof (Anvers) et le 19/09 au Depart (Courtrai).

[l'album de la semaine] Kurt Vile -

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