[l’album de la semaine] David Bowie – Toy

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Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Bouclé il y a deux décennies par Bowie, mais resté inédit, Toy sort le 7 janvier en triple CD. Mais est déjà disponible au sein dU box Brilliant Adventure (1992-2001).

Entre 2000 et 2001, Bowie enregistre une douzaine de titres, dont une majorité de reprises de son propre répertoire des années 60. Celui qui le voit en mod fiancé aux Swinging Sixties, passant de son premier single Liza Jane en 1964, sous le patronyme Davie Jones and The King Bees, à un premier album éponyme paru au début de l’été 1967. Jouant au sein de groupes comme The Lower Third, The Buzz ou The Riot Squad, Bowie compose une série de chansons qui, au fil du temps, seront rééditées, une fois qu’il sera (super)star, dans divers box ultérieurs ou en face B de singles et autres raretés discographiques. Pour les fans non-hard-core, la version de ces sixties claudicantes -Bowie reste sans succès commercial jusqu’en 1969- trouve un sacré bon réceptacle dans Toy. La première raison à cela est le son de ces enregistrements coproduits par Bowie et le New-Yorkais Mark Plati. Les guitares mordantes d’Earl Slick, Plati et Gerry Leonard épousent le talentueux groupe qui accompagnera le chanteur dans sa large dernière ligne droite live et studio: le batteur Sterling Campbell, la bassiste-vocaliste Gail Ann Dorsey et le claviériste Mike Garson. Plus quelques autres comme la violoniste Lisa Germano.

Sexy Toy

Toy s’épanouit dans une parfaite cohérence musicale. Sur des instruments richement étayés, Bowie chante divinement bien. Le label concerné, Virgin/EMI, ne sent pas les choses comme cela et refuse purement et simplement de sortir l’enregistrement: direction le placard à albums. Bowie s’en trouve à ce point meurtri qu’il décampe en 2002 vers Columbia, distribuant le disque suivant, Heathen, son plus grand succès commercial aux États-Unis depuis le pénible Tonight en 1984. Si Toy est mis de côté, peut-être par  » manque de tubes » , il prouve aussi combien les labels peuvent être dirigés par des malentendants. Alors qu’il s’agit là d’un des disques les plus intemporels de Bowie. Même s’il n’est guère riche en mélodies imparables, il relève davantage de la haute couture que du prêt-à-porter. Inévitablement, il renvoie à ses sources, le jeu consistant à comparer les enregistrements de 2000-2001 aux originaux de la période 1964-1966: You’ve Got a Habit of Leaving, The London Boys, Silly Boy Blue ou Can’t Help Thinking About Me, disponibles sur YouTube. Si le traitement ultérieur est plus vif, plus tranchant, plus sophistiqué, ces vieilleries n’ont pas grand-chose à envier, par exemple, aux Kinks. Si ce n’est les hits… Dans cette cour de récréation musicale que s’offre le chanteur anglais en début de millénaire, on pointe aussi une splendide rareté de la période Ziggy Stardust ( Shadow Man) et puis la chanson qui donne son titre à l’album. De la quintessence de Bowie.

David Bowie

« Toy »

Distribué par Warner.

8

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