Critique | Musique

L’album de la semaine: Bad Bunny, « Un Verano Sin Ti »: le coup du lapin

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© Eric Rojas
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Album - Un Verano Sin Ti

Artiste - Bad Bunny

Genre - Pop

Label - distribué par Rimas

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Artiste le plus streamé au monde, le Portoricain Bad Bunny revient avec un quatrième album plantureux, mélangeant pop indé et musiques des Caraïbes.

Si le reggaeton est devenu ces dernières années l’une des musiques urbaines les plus courues, il le doit en (bonne) partie à Bad Bunny. Il est difficile de sous-estimer l’influence du Portoricain. Né Benito Antonio Martínez Ocasio (en 1994), il est le premier artiste à avoir classé un album chanté entièrement en espagnol au sommet du Billboard US -avec El Último Tour Del Mundo, sorti en 2020. En fait, Bad Bunny a beau rester encore relativement méconnu de ce côté de l’Atlantique, cela ne l’a pas empêché de devenir l’artiste le plus streamé sur Spotify et ce, deux années de suite, en 2020 et 2021. Catcheur aussi à ses heures, il vient également de tourner dans un Marvel, avant de donner la réplique à Brad Pitt. Une vraie star.

Le plus étonnant est sans doute qu’il a multiplié ces succès sans jamais vraiment rentrer dans le moule prévu généralement pour les chanteurs latinos. Pas de crossover facile, ou de refrain pop en anglais -en fait, même quand Drake vient faire un featuring sur Mia, il se sent obligé de rapper en espagnol. En investissant le reggaeton, Bad Bunny creuse évidemment un genre particulièrement populaire. Mais dans chacun de ses albums, il réussit à “twister” les codes. Il le prouve une nouvelle fois avec Un Verano Sin Ti (“Un été sans toi”). Un album gargantuesque de quelque 23 titres, entre reggaeton, latin trap, pop alternative, r’n’b tropical, guitares indé, etc. Juste avant sa sortie, Bad Bunny en a fourni le mode d’emploi: enregistré entre Puerto Rico et la République dominicaine, Un Verano Sin Ti est “un disque à faire tourner en été, sur la plage, comme une playlist”.

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Le cocktail de bienvenue s’intitule Moscow Mule: un reggaeton à la mélodie mellow, parfait pour un coucher de soleil ouaté. On avait dit qu’on évitait les clichés? Pas de souci. Juste derrière, Después de la Playa démarre sur des synthés éméchés, avant de brutalement switcher sur un mambo pétaradant. Plus loin, Tití Me Preguntó est un dembow dominicain assez irrésistible dans son genre, tandis que Me Fui de Vacaciones assume ses envies reggae. Au générique, pas de gros producteurs US, ni d’invités anglo-saxons prestigieux. Au lieu de ça, Bad Bunny convoque par exemple son compatriote Rauw Alejandro (Party), ou encore The Marias, groupe indé de L.A., dont la chanteuse María Zardoya est également portoricaine (Otro Atardecer). Sur Ojitos Lindos, la cumbia électronique des Colombiens de Bomba Estéreo adopte sans forcer la chaloupe de Bad Bunny. Caribbean united

Un Verano Sin Ti n’est pas que pur escapism. Bad Bunny a aussi pris l’habitude de glisser dans ses morceaux l’un ou l’autre commentaire social. Il évoque par exemple les violences sexistes sur Andrea. Derrière la pompe dance très bourrine (mais assez jouissive, faut bien le dire) d’El Apagón, c’est la situation économique de Puerto Rico qu’évoque le chanteur (le titre signifie “le blackout”, référence aux coupures de courant qui ont touché l’île). Comme quoi, ce quatrième album n’est pas qu’un divertissement de saison. Sous la plage, les pavés?

© National

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