[l’album de la semaine] Alabaster DePlume – « Gold »: de l’or pour les braves…

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Le poète et saxophoniste mancunien Alabaster DePlume prône l’amour de soi sur un album de jazz spirituel et de spoken word époustouflant.

« Don’t forget you’re precious. I forget sometimes« , répète encore et encore dans un long murmure Alabaster DePlume sur le premier single extrait de son nouvel album. « I remember to drink. I remember to laugh. I remember to check my Instagram. But I forget that I’m precious« , poursuit-il avec l’humour rarement anodin qui le caractérise. Dans le clip de Jordan Copeland qui va avec, des enfants jouent à se faire la guerre avec des fusils en bois et exécutent un prisonnier qui a la corde autour du cou. Il est leur chef, leur leader. Les yeux bandés, aveugle. Comme souvent les décideurs.

Né Angus Fairbairn à Manchester, Alabaster DePlume est l’un des plus surprenants et touchants personnages de la scène jazz londonienne. Saxophoniste, poète, activiste, arrangeur, interprète (comédien peut-on ajouter, même si c’est pour de vrai), DePlume est l’un des résidents du Total Refreshment Centre. Cette espèce de Factory anglaise, centrifugeuse culturelle planquée derrière une station essence de Hackney. Mais il sort ses disques sur le label chicagoan International Anthem (Angel Bat Dawid, Makaya McCraven, Jeff Parker, Jaimie Branch). C’est qu’Alabaster est avant tout un citoyen du monde. Un homme au propos universel, à la présence solaire et à l’esprit communautaire.

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Deux ans après To Cy and Lee: Instrumentals Vol. 1, une collection de chansons qu’il avait développées avec deux hommes souffrant de difficultés d’apprentissage rencontrés alors qu’il travaillait pour une association à but non lucratif de Manchester, DePlume réapparaît avec un splendide disque de jazz spirituel au propos rassembleur. Un disque plein de bonnes ondes qui souhaite transformer la peur en courage et en amour. Des chansons réconfortantes, thérapeutiques, qui veulent qu’on se traite soi-même avec davantage de gentillesse, de douceur et de respect de soi. Des appels glaçants aussi. Comme ce « People in the sea » qu’il martèle dans son traditionnel chuchotement pour mieux frapper au visage et éveiller les consciences.

Gold a été enregistré en deux semaines lors de longues sessions improvisées. Aucun des musiciens n’avait reçu la musique à l’avance. Et aucun n’a été autorisé à l’écouter. Si le résultat est saisissant (il y a du Getatchew Mekurya et du Albert Ayler dedans), le casting est impressionnant: Rozi Plain, Danalogue (The Comet Is Coming), Michael Chestnutt (Snapped Ankles), Paddy Steer, Sarathy Korwar… Ils sont une vingtaine à avoir participé à la vibrante célébration, croisement de jazz et de spoken word aux vertus bienfaitrices. Sous-titré Go Forward in the Courage of Your Love, Gold assume que l’amour est dangereux tout en nous poussant pendant plus d’une heure au bord de la falaise, guidés par un orateur exceptionnel aux bonnes intentions derrière ses allures d’illuminé farfelu.

Alabaster DePlume, « Gold », distribué par International Anthem. ****(*)

Le 19/05 à l’Ancienne Belgique.

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