L’album de la semaine : Intros, Outros & Interludes de Domo Genesis

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Album - Intros, Outros & Interludes

Artiste - Domo Genesis

Genre - Hip-hop/Rap

Label - Bigger Picture Recordings

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

En 2010, alors que commençait à déferler sur le monde du rap la tornade Odd Future, ses concerts de sauvages et ses disques pas très officiels de cinglés, un petit nouveau dans la bande, Domo Genesis, publiait sa première mixtape. Produit par Left Brain et Tyler, The Creator, Rolling Papers (le mec ne grille pas que des cigarettes) recelait un titre hallucinant, Super Market. Un délire enfumé plein d’humour, emporté par un souffle orchestral sur lequel Dominique Marquis Cole (son vrai nom) donne la réplique au patron Tyler lors d’une battle dans une file de supermarché. Un tube qui ne l’est jamais devenu et n’est sorti physiquement que sur CD-R.

Au sein du collectif, au-delà de l’image du gang, de son esprit punk et do it yourself, «dans ta gueule» et sans complexe, s’imposaient de vraies personnalités. Il y avait Tyler l’enfant sauvage, le meneur, avec ses chaussettes trop hautes et ses tee-shirts fluo. Earl Sweatshirt, le jeunot avec ses clips dégueu, que sa mère avait envoyé aux Samoa pour lui permettre d’échapper à l’influence néfaste de ses compagnons de meute. Puis aussi Syd tha Kid, la productrice au look androgyne qui formera The Internet et Frank Ocean, l’ovni qui allait rapidement retourner la tête du r’n’b.

© National

Né le 9 mars 1991 à Inglewood, en Californie, Domo est l’un des membres les plus drôles du crew et sans doute aussi son plus gros consommateur d’herbe. Il était, mine de rien, un peu perdu dans le game, noyé dans le gang. Peut-être déjà surtout content d’être là. Lui qui, à l’époque, était totalement fauché, avait un père en prison, un frère autiste et une mère qui trimait pour nouer les deux bouts. L’autoproclamé Mister Smoke-a-Lotta-Pot, qui revendique l’influence de Nas, de Mobb Deep, de MF Doom et de Wiz Khalifa, a sorti son premier véritable album, Genesis, en 2016 seulement. On y croise Khalifa justement, mais aussi son vieux pote Tyler, Anderson .Paak et Mac Miller.

Domo Genesis avait déjà fait équipe avec Evidence sur le dispensable Aren’t U Glad You’re U? (2018). Il retrouve son mentor old school pour le très vieille école, lui aussi, Intros, Outros & Interludes. En onze titres et pas même une demi-heure, le rappeur californien revient au premier plan. Ou s’y aventure seulement. Flanqué de Navy Blue (Skeletons), de Remy Banks (Campfire) et de Boldy James (December Coming), des rappeurs de sa génération qui ont tous relativement galéré à trouver leur place, Domo signe un disque de hip-hop aux sonorités jazz, soul, vintage, qui sample Freda Payne, parle de croire en soi, d’avoir des cadavres dans le placard et de faire face aux hauts et aux bas. Le meilleur disque du rappeur sans doute le plus sous-estimé de la clique.

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