Badi, identités multiples

Badi © DR
Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Né en Belgique de parents congolais, le chanteur/rappeur/slammeur Badibanga Ndeka jongle avec ses identités, refusant de choisir entre l’une ou l’autre.

Il sera présent à l’affiche du festival Afropolitan par deux fois. Le 23 d’abord, aux côtés du DJ/producteur Boddhi Satva; le 25 également, pour le projet scénique Congo Eza, mené à trois, avec Joëlle Sambi et Lisette Lombé. La première est née à Bruxelles, a grandi au Congo, avant de rentrer étudier en Belgique à ses 20 ans; la deuxième est métisse, « entre Kasaï et bord de Meuse »; Badi, lui, est né et a grandi en Belgique, de parents congolais. « Soit trois perspectives d’une même expérience, entre Europe et Afrique. »

Badi, identités multiples

La sienne, Badi la met en musique depuis un moment maintenant. D’abord comme rappeur au sein du collectif le Chant d. loups, dans les années 2000; puis, en solo, sous le nom de BD Banx; aujourd’hui, se présentant simplement en tant que Badi, il fait prendre à ses morceaux un tournant plus pop, mélangeant ses influences hip-hop avec la soul, la chanson, mais aussi ses racines musicales congolaises. En 2015, il sortait l’EP Matongé. L’été dernier, un premier album voyait le jour, baptisé Article XV (celui qui au Congo désigne l’art de la débrouille, nécessaire pour s’en sortir dans un pays qui semble en permanence balancer entre deux crises politiques).

Le cul entre deux chaises, entre Belgique et Afrique, la position de Badi n’est peut-être pas évidente. Mais il n’a pas envie d’en faire un chemin de croix pour autant. La victimisation, très peu pour lui. « Le fait est qu’étant né ici, de parents congolais, je n’ai pas eu trop le choix. J’ai tout le temps baigné dans les deux cultures. À partir de là, je n’ai pas envie de tomber dans les trucs bateaux, en passant mon temps à dénoncer le racisme. On ne m’a jamais insulté de « sale Noir » dans la rue, par exemple. Pas devant moi, en tout cas (rires) . » Pas question pour autant de jouer les naïfs. « Bien sûr que, quand vous êtes noir, c’est plus compliqué de trouver un job d’étudiant, un appartement à louer, et que vous subissez plus souvent les contrôles d’identité. Mais, quelque part, vous y êtes presque préparé. Parce que vous écoutez vos parents qui vous disent « de ne pas faire de vagues », ou que vous regardez les nouvelles au JT, etc. »

Racines

En 2010, à l’occasion des 50 ans de l’indépendance congolaise, il a participé au projet Héritage, lancé par Pitcho, et sur lequel se retrouvaient également d’autres rappeurs d’origine congolaise, comme 13Hor ou Gandhi. À l’époque, il n’a pourtant encore jamais mis les pieds en RDC. « Il y a toujours cette question qui revient, qu’on vous pose dès l’école: est-ce que vous vous sentez davantage belge ou congolais? Mais pourquoi choisir? Je me sens 100 % l’un, et 100 % l’autre. Ce n’est pas faux cul d’affirmer ça. C’est la réalité. Ce qui ne veut pas dire que cela a toujours été simple. C’est un cheminement, il a fallu batailler. À un moment, j’ai voulu me libérer de tout ça. En me rendant notamment sur place, au Congo, en 2013. » Où Badi prend alors davantage conscience de sa « congolité », mais aussi de sa « belgitude ». « C’était aussi important de le faire pour mes enfants. »

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Comment leur explique-t-il par exemple le rôle de Léopold II dans l’histoire du Congo? Que pense-t-il de ces demandes de déboulonner les statues des anciens colonisateurs? « Je vais peut-être en décevoir certains, mais je ne suis pas forcément pour. Comment se souvenir justement si on « nettoie » l’Histoire? Plutôt que d’enlever les monuments, il faut expliquer, éduquer et changer les mentalités. » Même chose avec la problématique des « noirauds » et la figure du Père Fouettard? « Encore une fois, c’est un débat sur la forme, qui cache un problème de fond. À ceci près qu’il est un peu plus vicieux, parce qu’on touche à la représentation: comment perçoit-on, encore aujourd’hui, l’Homme noir? Personnellement, le personnage du Père Fouettard me choque moins, par exemple, que le post Instagram de l’ex-Miss Belgique (Romanie Schotte avait publié une photo où elle associait dans ses commentaires un homme noir à un emoticon en forme d’étron, NDLR). Mais en passant comme ça de polémique en polémique, on ne s’attarde jamais vraiment sur les racines du problème. Aujourd’hui, par exemple, il y a suffisamment de Noirs diplômés pour les retrouver davantage représentés dans le monde des médias, la justice, le monde politique, la police, etc. »

Six ponts musicaux entre Belgique et Afrique

Zazou/Bikaye/CY1

Réédité l’an dernier par le label bruxellois Crammed, l’album Noir et Blanc (1983), signé Hector Zazou/Bony Bikaye/CY1, n’a rien perdu de son originalité, croisement devenu culte entre esthétique new wave et sons africains.

Badi, identités multiples
© Xavier Lambours

Zap Mama

Fondé par Marie Daulne, métisse belgo-congolaise, le groupe Zap Mama pioche notamment dans les harmonies pygmées. Publié là aussi sur le label Crammed, en 91, le premier album de Zap Mama sortira aux États-Unis sous le titre explicite Adventures in Afropea.

Badi, identités multiples
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Pitcho

Né à Kinshasa en 1975, Pitcho Womba Kongo débarque en Belgique à l’âge de 6 ans. Homme de théâtre, mais d’abord et avant tout rappeur, il sort notamment en 2010 l’album Crise de nègre.

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Baloji

Après des débuts au sein du groupe rap Starflam, Baloji n’a cessé de tracer des liens entre la Belgique et ses racines congolaises. Sur Hotel Impala, en 2008, il écrivait le premier chapitre d’un parcours mouvementé, auquel il livrera une suite (et fin?) avec 137, Avenue Kaniama, prévu pour le 23 mars prochain.

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Stromae

Par petites touches (les motifs wax de ses vêtements, la guitare de Dizzy Mandjeku sur Papaoutai, l’hommage à la Cap-verdienne Cesaria Evora, etc.), Stromae aura glissé de l’Afrique dans sa pop.

Stromae
Stromae© DR

Damso

Quand il arrive en Belgique à l’âge de 9 ans, c’est pour fuir le chaos de Kinshasa. Aujourd’hui, William Kalubi chante à la fois Kin la Belle et le prochain hymne des Diables Rouges.

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