Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

La Zizaznie – Look alter-bohême et voix qui racle du côté de chez Piaf, grain jazz des rues et affirmation d’indépendance sociale: le premier album de Zaz est un succès qui annonce un automne chaud.

Distribué par Sony Music.

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« Comme la maladie d’amour… Ce succès, je l’espérais mais j’ai été surprise par la rapidité du truc, peut-être le public a-t-il été conquis par le positivisme du disque? » Voix éraillée sur disque comme au téléphone, Zaz, 30 ans, est visiblement sur un volcan en pleine éruption, tâtant fin juin du Numéro 1 en France et du 4 en Belgique. Ce premier album touche d’abord par sa voix, joli larynx de chat ébouillanté qui donne l’impression d’avoir plus longuement vécu que sa génitrice:  » Je suis à la limite du chant et du cri, j’aime les musiques africaines, le jazz, Bobby McFerrin, je me suis nourrie de tous les musiciens cubains, français, malgaches, avec lesquels j’ai joués. » Après un premier morceau aux allures de confession manouche ( Les passants), déboule le tube radio du disque, Je veux, dont le texte botte en touche les us du consumérisme:  » Je veux de l’amour, de la joie, de la bonne humeur, ce n’est pas votre argent qui fera mon bonheur/Moi, je veux crever la main sur le c£ur/Allons ensemble découvrir ma liberté, oubliez donc tous vos clichés.  » Vu son succès radiophonique transgenre, le titre a visiblement touché une fibre alternativo-socialo-engagée, même si sa genèse n’est pas exactement une apologie du grand soir. Son texte puisant dans une utopie assoiffée de grands mots généreux, quitte à décoller de la réalité. Zaz:  » Je faisais un boulot de chanteuse dans un cabaret où j’étais pratiquement devenue fonctionnaire. Je me suis cassée de cet endroit où l’attraction ultime était l’argent, cette chanson s’en inspire simplement.  » Le côté roots à la Fréhel/Piaf s’annonce ci et là, logiquement dans une reprise vaguement mimétique de Dans ma rue de la grande Edith. L’ado  » un peu chiante » a donc grandi à Tours puis Bordeaux,  » traumatisée » par la séparation de ses parents, père agent EDF, mère prof d’espagnol, le split brouillant ses codes sociaux. Isabelle (dans le civil) suit une tranche de conservatoire -de 5 à 11 ans- et puis, plus tard, décroche ses premiers cachets dans les bals, à balancer interminablement les standards, musette comprise. Arrivée à Paris il y a 4 ans, Zaz fait des expériences et des rencontres, dont celle, inattendue, de la star Raphaël, tombée sous le charme d’une prestation live. Du coup, le mélancolique lui écrit 3 morceaux, dont 2 survolent le disque de leur gravité spleen: La fée, bien sûr, mais surtout Eblouie par la nuit, qui clôt l’ensemble. Sur un tempo lent et des paroles qui scellent la défaite amoureuse, Zaz chante alors nettement un cran au-dessus des autres titres, poussée par un possible talent vocal hors normes. Dont ce premier essai discographique, inégal, ne semble qu’effleurer le potentiel. l

En concert au Botanique le 9 septembre.

Philippe Cornet

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