Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

My Bloody Valentine est de retour et s’est trouvé de nouveaux disciples. Les Irlandais et quelques-uns de leurs rejetons se regarderont les panards au Pukkelpop. Le shoegazing n’est pas mort.

Baisser les yeux n’est pas nécessairement un signe de soumission… La fin de l’été festivalier approche. Les shoegazers (« ceux qui regardent leurs chaussures ») sont sur le pied de guerre. Jeudi prochain, 12 ans après sa séparation, My Bloody Valentine fera vibrer à coups de distos les planches et les tympans du Pukkelpop.

Courant musical du rock alternatif dont l’appellation stigmatise l’attitude sur scène de ses musiciens habitués à se cacher derrière une longue chevelure (ou une frange) et davantage préoccupés par leur musique que par le public, le shoegazing est apparu dans le sud de l’Angleterre à la toute fin des années 80. Inspiré par des artistes tels que Sonic Youth, Dinosaur Jr et The Jesus and Mary Chain, il se caractérise par l’utilisation systématique de pédales d’effets pour créer un immense mur du son. Mur sur lequel vient généralement se poser un chant lointain et éthéré.

Les mauvaises langues iront jusqu’à prétendre que le niveau musical des shoegazers ne leur permettait pas de fixer autre chose que leurs godasses. Si ce n’est peut-être leur manche de guitare afin de s’assurer qu’ils jouent correctement les accords. Pour beaucoup, le shoegazing n’a jamais représenté qu’une seule et unique chose: du bruit. Une masse sonore inaudible tout en distorsions. Aux oreilles des autres, il est le genre ultime. Celui qu’ils ont toujours bruyamment vénéré. Enregistré en 3 ans, dans près de 20 studios différents, Loveless de My Bloody Valentine est considéré comme l’un des chefs-d’£uvre, peut-être même le manifeste, du mouvement. Il a été majoritairement mis en boîte en mono avec les voix sur la même fréquence que les grattes.

Longtemps, Kevin Shields et sa clique bruitiste ont été considérés comme le groupe jouant le plus fort au monde. Au point que, selon la légende, lors d’un concert à Austin au Texas, en 1992, Shields essaya de dire  » Bonsoir  » mais personne ne put l’entendre.

Si la presse anglaise, moqueuse, a rebaptisé le courant « The Scene that celebrates itself », c’est que les shoegazers assistaient souvent aux concerts de l’un l’autre et s’épaulaient même régulièrement face au public. L’appellation sonne comme un terrible malentendu à entendre Mark Gardener, le chanteur de Ride. « On s’effaçait derrière la musique. On n’a jamais eu envie d’être des frontmen à la Bono. C’est pour ça qu’on jouait en regardant nos pieds. » En attendant, ces derniers mois, nombre de groupes marchent sur les pas de My Bloody Valentine et pointent le nez à une fenêtre éclatée par les décibels. En guise de clin d’oeil, Stuck in the sound a été jusqu’à intituler son dernier disque Shoegazing Kids. Les Français ne seront pas au Pukkelpop. Contrairement à Deerhunter, A Place to bury strangers ou encore The Big Pink, dont le premier album est prévu pour la rentrée. Chacun devrait trouver chaussure à son pied.

u www.shoegazeworld.blogspot.com

u Pukkelpop, Á Hasselt, du 20/8 au 22/8, 75 euros par jour, 135 euros les 3 jours.

Julien Broquet

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