Vues minuscules

© © IYAD SABBAH / PHOTO: VERONIQUE VERCHEVAL
Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

LES ANCIENS ABATTOIRS DE BOMEL ACCUEILLENT UNE VINGTAINE D’ARTISTES TRANSDISCIPLINAIRES EXPOSANT UN WORK IN PROGRESS FRAIS ET LIBRE. RÉJOUISSANT.

Laborattoirs

CENTRE CULTUREL DE NAMUR, ABATTOIRS DE BOMEL, 18 TRAVERSE DES MUSES, À 5000 NAMUR.

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Imposant bâtiment de Bomel, les anciens abattoirs sont devenus, en octobre 2014, un espace culturel à la demande du Comité de quartier. Une belle histoire de réhabilitation, donc, pour cet édifice moderniste sur lequel est intervenu le collectif Rotor, cellule spécialisée dans les flux de matériaux dans l’architecture. De tels auspices, à la fois citoyens et soucieux de l’environnement, ne pouvaient engendrer qu’un lieu passionnant. Avec cette exposition consacrée à une vingtaine d’artistes passés en résidence, on en a la confirmation. Les axes forts de cet événement? La pluridisciplinarité (théâtre, musique, cirque, arts plastiques, slam, vidéo…), la liberté (une proposition de résidence sans appel à projet, pas de thématique imposée, des commissaires soucieux d’accompagner les artistes) ainsi que la transmission (la seule contrainte imposée aux participants était de forger d’une manière ou d’une autre un lien avec les habitants). Prenez tout cela, secouez-le dans un shaker et cela donne Laborattoirs, un événement faisant place à un moment de création aussi intimiste que sincère. S’il fallait trouver une oeuvre qui le résume, ce serait sans doute Turned Upside Down, un dispositif proposé par Fred Collin, plasticien namurois qui questionne la représentation au regard d’une réalité en constant devenir. Le pitch? L’une de ces boutures comme on les aime, soit une simple loupe greffée sur le pied d’un pupitre à musique. Basé sur le principe de la « camera obscura », cet objet miraculeux -le visiteur n’en croit pas ses yeux- transforme un pan de mur et une source de lumière en un minuscule moment de cinéma inversé, en une fascinante projection poétique.

Prises de conscience

Collin n’est pas le seul sur lequel s’arrête le regard. Il y a cette grande fresque d’Iyad Sabbah, artiste palestinien exilé à New York, qui figure une cohorte de réfugiés sillonnant le monde à la recherche d’un abri. Quand on s’approche, on aperçoit que chacun d’entre eux est constitué d’une série de chiffres apposés au tampon-encreur, devenant l’essence même des personnes en attente d’asile. On pointe aussi Une conversation Messenger/01.01.15-31.12.15 de Noëlle Bastin et Baptiste Bogaert, ambitieuse tentative de conversion. Ce couple a retranscrit à la main et sur papier l’intégralité d’une année de SMS. Composée de dizaines de bandelettes de papier déroulées et des deux smartphones responsables de ce flux, l’installation amène une inédite prise de conscience dans l’espace d’un mode de communication qui n’a rien d’anodin. Bastin et Bogaert lèvent le voile sur le devenir virtuel qui nous traverse… mais jusqu’où? Remarquable également, ces Cocons vibratoires, de Nathalie Genot: une structure dont la partie supérieure est constituée de coques d’escargot et la partie inférieure de fer forgé. Mi-hémisphère cérébral, mi-mappemonde intérieure, cette oeuvre sonore et vibrante est une très belle métaphore de « nos territoires intérieurs » sans cesse confrontés au grand dehors. Enfin, on s’arrête sur une boucle 16mm de Florian Kiniques donnant à voir une main qui sert la pince à une langue ainsi que sur No Place Like Home, bribe documentaire vivifiante sur une Afrique s’inventant un avenir à travers les témoignages d’adeptes sénégalais du mouvement rastafari.

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MICHEL VERLINDEN

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