Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Chez Vincent – Presque en dilettante, Delerm livre une nouvelle fournée de quinze chansons. Sans surprise mais avec une rigueur toujours redoutable.

« Quinze chansons »

Distribué par Tôt ou Tard/Bang! Il y a quelque chose de très reposant à écrire sur Vincent Delerm. Pas besoin de grande description: le bonhomme (Evreux, 1976) a tracé une voie à ce point personnelle qu’il est devenu sa référence. En trois albums, il a ainsi chanté/parlé de sa voix chevrotante un univers hyperéférencé, qui aura suscité autant l’admiration que l’irritation (plus rarement l’indifférence). Alors autant prévenir: ces Quinze chansons ne devraient strictement rien changer à cet état de fait.  » Des fois, on fait ce qu’on peut, sourit ainsi Delerm rencontré la semaine dernière à Bruxelles. Cela paraît basique, mais ça compte. Après, c’est aussi une question de goûts tout simplement. Des gens comme Arthur H ou Benjamin Biolay ont besoin de changer de registre à chaque fois. Je suis plus dans un truc à la Souchon: d’un album à l’autre, même si ça évolue, on retrouve complètement le mec. J’aime bien cette idée. Particulièrement sur ce disque. Sur le précédent, j’avais fait attention en essayant de contrôler un peu les choses, en évitant par exemple de mettre trop de noms propres. Cela ne m’a pas semblé mieux ni moins bien. Je suis donc revenu à un truc où je ne me censurais pas du tout là-dessus. » De fait, il suffit de balayer les nouveaux titres: Martin Parr, Et François De Roubaix dans le dos, ou encore le jouissif Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite de chocolat.

En revenant de tournée, Delerm a donc vaguement glandé, est passé pendant quelques mois par une phase « américaine », avant de reprendre la plume –  » On connaît tous des phases pareilles. Même si on connaît les Beatles, on n’écoute plus que ça pendant deux mois, on épluche les bios… J’ai eu ça avec New York, le pop art… mais toujours vu de la perspective d’un Français, qui ne connaîtrait Manhattan que grâce à Woody Allen… »

Précision d’horloger

Au-delà, il faut surtout rappeler la rigueur de l’écriture « delermienne ». Cela n’a l’air de rien, mais ils ne sont pas si nombreux aujourd’hui dans le paysage de la chanson française à pratiquer une telle précision d’horloger, aussi bien au niveau de la musique des mots que de leur signification.  » Il y a un temps pour tout. Un temps pour avoir une émotion de départ. Un autre pour la structurer. Truffaut est un bon exemple : il est capable de parler de manière très carrée de ses films, qui sont pourtant très sensibles. Cela ne sert à rien de jeter une émotion comme ça sur le papier, aussi sec: c’est la meilleure manière pour qu’elle ne soit pas comprise. » A ce niveau-là, Delerm reste quoiqu’on en dise un véritable orfèvre.

En concert le 23/01, à la Maison de la culture de Tournai; le 19/02, au Théâtre royal de Namur; et les 20 et 21/02, au Théâtre 140,à Bruxelles.

Laurent Hoebrechts

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content