Un tigre dans le moteur

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Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

DU HAUT DE SES 25 ANS, JAY DANIEL FAIT SOUFFLER UN VENT DE FRAÎCHEUR EXOTIQUE SUR LA SCÈNE DE DETROIT. LA RELÈVE EST ASSURÉE.

Jay Daniel

« Broken Knowz »

DISTRIBUÉ PAR NINJA TUNE.

8

Fleuron de l’industrie automobile longtemps symbole de la prospérité américaine, Detroit est devenu en 2011 la plus grande ville des Etats-Unis déclarée en faillite. Ravagée par des coupes budgétaires dans l’éducation, la police, les transports ou encore les soins de santé, Motor City a ces dernières années commencé à se réinventer à coups d’initiatives solidaires, citoyennes et parfois même écologiques. Embrassant notamment le phénomène de l’agriculture urbaine. C’est de ce géant de briques, de ces friches post-industrielles entre herbes folles et immeubles en ruines, où se sont écrites quelques-unes des plus belles pages de l’histoire des musiques électroniques, que nous vient le jeune Jay Daniel. La pomme tombe rarement bien loin de l’arbre. Jay est le fils de Naomi. Chanteuse qui, début des années 90, donnait de la voix sur des productions de Carl Craig (Stars, Feel the Fire). Aujourd’hui âgé de 25 ans, le fiston s’est fait un prénom. Grâce notamment à des résidences avec son pote Kyle Hall. Devenu lui aussi l’une des plus belles promesses des dancefloors de la Motown.

Daniel et Hall se cachent derrière les soirées Fundamentals. Evénement house mensuel qu’ils firent voyager de Detroit à San Francisco en passant par l’Europe et Chicago. Après une poignée de singles et d’EP sortis sur le label de son pote (Wild Oats) et sur celui de Theo Parrish, Jay dégaine aujourd’hui chez Ninja Tune (via Technicolour) un premier album terriblement excitant d’électro métissée et vivante. Un album, il en est fier, qui promeut la culture d’une ville en reconstruction. « Je trouve mon inspiration chez des activistes sociaux et des jazzmen du passé, glisse-t-il dans une interview. Nombre d’entre eux semblaient avoir deviné ce qu’il résulterait de l’Amérique. »

Déçu par les boîtes à rythmes et leurs difficultés à traduire des émotions autant que par le sort réservé à son pays, Jay est rentré chez sa mère. A ressorti ses baguettes. Réaménagé la cave. Et a décidé d’y enregistrer son album. Un album dingo, plus aventureux qu’agressif, avec de vraies percussions et des batteries dignes de ce nom. Jay n’est pas (encore) numéro 1 mais il tape sur des bambous (enfin sur ses fûts) depuis qu’il a trois ans… Et comme il l’espérait, il sonne aujourd’hui plus live et plus naturel que jamais.

Fan de J. Dilla, qu’il aime écouter en voiture (il apprécierait qu’on en fasse de même avec son disque), le génial producteur signe avec Broken Knowz une plaque ludique qui joue avec les textures et semble aussi appropriée à l’autoradio qu’à un repaire de clubbeurs ou à un sofa moelleux. Africains et latins, chauds et moites, mais toujours urbains, ces neuf titres vous emmèneront en safari à la découverte de la faune de Detroit et de ses nuits. It’s not only electronic baby…

JULIEN BROQUET

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