Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

UNE FOIS DE PLUS, LA GALERIE PARIS-BEIJING SIGNE UNE EXPOSITION PLEINE DE PERTINENCE. LES FORÊTS EMPREINTES DE MYSTICISME DE ZHU XINYU Y CROISENT LA PEUR DU VIDE DE LI WEI.

Turbid landscapes & High place

ZHU XINYU & LI WEI, GALERIE PARIS-BEIJING, 66, RUE HÔTEL DES MONNAIES, À 1060 BRUXELLES. DU 12/11 AU 10/01.

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Un monde duquel l’homme serait absent. Il semble que ce fantasme conquiert petit à petit l’imaginaire artistique du moment. Une sorte de bulle intacte. Sans doute est-ce la faute d’un monde surpeuplé où l’on n’a de cesse de s’épier, de s’évaluer, de se toiser… La meilleure preuve de cette prolifération est à chercher dans la récurrence d’un motif omniprésent, celui de la forêt (lire, par ailleurs, la colonne consacrée au travail du photographe Takeshi Shikama). Mieux que tout autre, il dit cette utopie d’un univers gagné par le calme. Un univers comme une parenthèse. A cet égard, Turbid Landscapes, la dernière série de toiles de Zhu Xinyu en dit long. Pas seulement parce que ces Paysages Troubles obsèdent le pinceau du Chinois. Non, plutôt parce que la nature, qui est représentée à longueur de toiles, a patiemment grignoté l’univers du peintre. Si les premières toiles -tout aussi brillantes- étaient urbaines, on a pu voir, au fur et à mesure, le végétal conquérir lentement le béton. A l’instar des fausses mauvaises herbes qu’un Tony Matelli glissait dans les interstices des galeries, Xinyu fait aussi partie de ces artistes qui pensent qu’à la fin de la partie, c’est la verdure qui l’emportera. Chassez le naturel, il revient au galop. Mais chez ce peintre né en 1980 à Haicheng (province du Liaoming), il y a bien plus que cela. Pas de romantisme, on n’est pas chez Friedrich, la forêt se vit comme symbolique, à la façon d' »un lieu sans frontières où l’on ressent directement le magnétisme de la terre mais où l’on n’ose pénétrer, tant le silence est inquiétant« . Ce silence qui émane de la toile est galvanisant, il invite à la modestie, voire à déposer un genou devant quelque chose de plus grand que nous. On notera que dans le cadre de cette exposition, Zhu Xinyu est invité en résidence au sein de la galerie pour une période de trois mois. Tout au long de ce séjour, il réalisera une peinture monumentale in situ dont on pourra observer l’évolution.

Escapisme

Il n’est pas question de chênes, ni de pâquerettes, dans le travail de Li Wei (né en 1970 dans le Hubei, une province du centre de la Chine). N’empêche, on peut y déceler le même désir de décoller à la verticale d’un monde où la pesanteur, au propre, comme au figuré, règne en maître. Li Wei, c’est une pointure, son travail ayant déjà fait le tour du globe, que ce soit à travers Wallpaper qui lui a déjà consacré l’une de ses covers -ainsi que quatorze pages!- ou lors de la dernière Biennale de Venise où on le voyait s’envoler, fumées vertes à l’appui, au-dessus de la célèbre lagune. Cet artiste chinois ne manque ni d’humour, ni de courage, comme le prouvent les images de ses performances qui prennent toujours place au sein même de l’espace public. Il y a de la prouesse technique chez lui, qui défie le vide par le biais de câbles, de grues et de figures acrobatiques. Le tout pour des dispositifs nécessitant une importante logistique ainsi qu’une nécessaire retouche Photoshop. Pourtant, Wei se dirigeait au départ vers la peinture, support qu’il a fini par juger obsolète pour exprimer les sentiments que lui inspirait le monde contemporain tiraillé entre le fantasme et la réalité. Mêlant la photographie, « medium permanent » selon lui, et la performance, il cultive l’idée « de ne pas appartenir à la terre« . Derrière ce refus, nombreux sont ceux à lire entre les lignes et à déceler « un réel scepticisme à l’égard de l’évolution et de la modernisation de la Chine« .

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