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François Perrin Journaliste

Ce merveilleux titre, court, utilisant le participe présent, en dit long sans en donner l’air: à travers lui, ce Tombant propose une distorsion temporelle absolue, un cadre narratif terriblement original. Dès son premier court chapitre, La Chute du break, la messe semble dite: suite à une sortie de route, peut-être due à un chien errant, une voiture plonge dans l’Atlantique. De ses quatre occupants, un seul survivra: celle dont la copine, la sœur et le petit ami ne remonteront plus vivants à l’air libre. C’est pourtant ce dernier qui fera office de narrateur, se remémorant au fil de son rapide aller simple vers les abysses les quelques mois qui ont précédé. En un sursis très court, donc, mais détaillé sur près de 400 pages, dans le style capiteux, caractéristique de Fabien Clouette, jeune auteur et documentariste breton. “ On devrait immerger plus de choses, avait plaisanté cette unique rescapée, V., au narrateur, à l’issue d’une complice séance de plongée sous-marine, ça ferait des récifs.” Mauvais présage: projeté depuis une côte malouine malmenée par le climat, dans un océan chahuté par les vagues de pollutions diverses, vers des fonds saccagés par l’homme, un condamné médite désormais, une dernière fois, dans l’habitacle de son véhicule, cerné par les protagonistes éteints de ses ultimes errances, sur un temps déjà perdu, sacrifié.

De Fabien Clouette, éditions de L’Ogre, 384 pages.

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