Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Mathématiques et meurtres font bon ménage dans le nouveau film d’Alex de la Iglesia, le réalisateur du Crime farpait.

D’ Alex de la Iglesia. Avec Elijah Wood, John Hurt, Julie Cox. 1 h 43. Sortie 1/10.

Martin a fait le voyage d’Oxford pour y suivre les cours du fameux mathématicien Arthur Seldom. Le jeune étudiant, lui-même doté d’un talent brillant pour les chiffres, espère que le professeur acceptera de diriger sa thèse. On l’avertit bien du fait que Seldom n’accepte que peu de contact avec la gent estudiantine, mais Martin persiste. Il fera finalement connaissance avec l’érudit, mais dans des circonstances tragiques, quand la logeuse du jeune homme, également amie de Seldom, sera retrouvée morte. Un premier meurtre, inaugurant une série qui va bientôt faire trembler le petit monde universitaire, et mettre à rude épreuve les méninges d’un duo décidé à mener son enquête…

Ainsi commence The Oxford Murders ( Crimes à Oxford pour la v.f.), le nouveau film du fort réjouissant cinéaste espagnol Alex de la Iglesia. Produit à ses débuts par Pedro Almodovar en personne (la délirante tranche de science-fiction gore Action mutante, en 1992), le natif de Bilbao cultive l’humour noir avec une verve et une originalité peu banales. Du très rock’n’roll et fantastique Jour de la Bête (1995) à ce petit chef-d’£uvre de cruauté sociale qu’est Le Crime farpait (2005), l’homme a démontré son aptitude à marier ton personnel et ouverture à un assez large public potentiel.

The Oxford Murders figure sans doute parmi les films les moins radicaux de son auteur. D’aucuns lui trouveront même, sans doute, quelque air trop classique, voire suranné. Il est vrai que tant le cadre que l’action (adaptée du roman de Guillermo Martinez Mathématique du crime) ne sortent pas vraiment des sentiers battus par le mystère criminel à la mode anglaise. Alex de la Iglesia y a vu l’occasion d’aborder un genre populaire qu’il n’avait pas encore pratiqué.

De ses études en philosophie, le cinéaste a conservé un rapport au savoir fait de curiosité. Il double ainsi le suspense lié aux meurtres successifs d’une plongée dans quelques questionnements existentiels dont l’excellent John Hurt se fait très plaisamment l’écho. Le très fin comédien, interprète du professeur Seldom, finalement préféré pour ce rôle à Michael Caine et Jeremy Irons, y fait une création mémorable. Face à lui, Elijah « Frodon » Wood montre qu’il y a bel et bien pour lui une vie après Le Seigneur des anneaux. Et Dominique Pinon, acteur fétiche de Caro et Jeunet qui le dupliquèrent à l’envi dans La Cité des enfants perdus, campe un personnage secondaire qui ne l’est peut-être qu’en apparences…

La Marque jaune

Si on ne vibre pas follement à l’assez hitchcockien The Oxford Murders, on ne s’y ennuie jamais. De la Iglesia y prouve, par son sens de l’atmosphère british et du décalage culturel, qu’il pourrait bien être le réalisateur idéal pour adapter La Marque jaune, le formidable album de bébé de Edgar P. Jacobs. Un film que le par ailleurs très sympathique Alex tournera d’ici quelques mois, avec sans doute David Thewliss et Kenneth Branagh dans les personnages de Blake et Mortimer…

www.theoxfordmurders.co.uk

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