Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

« Primary Colors »

Distribué par XL/V2.

Les Horrors hantaient les dédales obscurs et moites du garage, d’un rock anglais teigneux hérité des Sisters of mercy, des Sonics et de Siouxsie. Aujourd’hui, les Corbacs se posent sur l’épaule décharnée de Ian Curtis. Ou plutôt sa tombe. Passion morbide ou tentative de récup? Ni l’un ni l’autre.

« En écoutant notre musique, certains nous pointeront du doigt en criant qu’on ressemble à Joy Division, se doute Spider Webb en charge de l’orgue et des synthés. C’est trop facile. Il y a tellement plus derrière… L’esthétique sombre et glaciale est peut-être aussi à chercher du côté de NEU! ou des artistes de la première révolution berlinoise comme David Bowie et Iggy Pop. Martin Hannett, l’ingé son de Joy Division, était un grand fan de toute cette période. »

Ils ont surmonté avec chagrin la mort de Lux Interior – « on a une pensée pour Poison Ivy qui se sent probablement bien seule » – mais les Horrors sont bien plus que les fils spirituels des Cramps. Ils sont passionnés par le rock’n’roll freak, la musique industrielle, les vieilleries garage bizarres, le shoegazing. Et adorent partir à la quête de cette espèce en voie de disparition que sont les magasins de disques.

The Horrors possèdent une image forte, clairement affirmée. Mais n’ont rien d’un groupe de poseurs. Les Anglais veulent provoquer par la vue, l’ouïe. Capturer notre âme pour nous faire vivre une expérience totale.

Ils ont composé une bonne partie de leur nouvel album dans une pièce isolée et sans fenêtre. « L’idée n’était pas de se plonger dans l’obscurité pour le plaisir de composer dans le noir, commente Spider Webb. Non. Travailler dans cette pièce sans lumière nous permettait de construire notre propre univers, de nous concentrer sur la musique. Nous voulions être étrangers au monde extérieur. Honnêtement, c’est certainement le cycle créatif le plus excitant que j’ai eu l’occasion de vivre. »

Noir, c’est noir

Ça s’entend dans la texture claustrophobe de leur son qu’on peut rapprocher de celle de Third. Primary Colours (rien à voir avec le film américain du même nom) a été produit par Geoff Barrow, le leader de Portishead. « Les grands disques, la majorité des gens passent à côté, » estime le bassiste Tomethy Furse. Et on a du mal à lui donner tort. Beaucoup ont négligé Strange House. Un premier album sous-titré  » Sons déglingués pour monstres et parias« . Un disque plus nerveux, plus méchant, plus tendu… Plus tout, en fait. Avec des claviers vintage. Sans nappes héritées de la new wave. Primary Colours s’annonce pourtant d’ores et déjà comme l’album de la consécration. Noir, c’est noir. Mais il reste de l’espoir.

www.myspace.com/thehorrors

En concert au Rock Herk (Herk-de-Stad) le 18/07 et à Dour le 19/07 (de 21 h à 22 h au club circuit Marquee).

Julien Broquet

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