Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

HYPER BALADE – Le jeune photographe français Emile Loreaux pointe les excès du monde moderne. Sa dernière série le met en scène dans des supermarchés de la banlieue parisienne.

La série sera présentée dans le cadre de Boutographies, rencontres photographiques de Montpellier. Du 24 mai au 8 juin.

Emile Loreaux est un trouble-fête. Un empêcheur de penser en rond. Une mauvaise conscience sur patte. Depuis qu’il est entré en photographie, ce rebelle de 33 ans, natif de Chalon-sur-Saône, a le chic pour promener son objectif sur les failles de la société de consommation. Il fait penser à ces intempestifs qui débarquent dans un dîner et font doucement dévier la conversation sur la faim dans le monde et la dette du tiers-monde. Tant pis pour ceux qui aspiraient à digérer tranquilles. N’empêche, pour qui n’a pas envie de faire l’autruche, ces images qui préfigurent l’abondance et la gabegie sont autant d’invitations à réfléchir. A ce titre, sa dernière série, Tête de Gondole, s’affiche terriblement exemplative. Le concept? Plutôt que d’affronter le sujet frontalement, il biaise en se mettant lui-même en scène dans des supermarchés de la banlieue parisienne. Soit une série d’autoportraits décalés d’où ressort tout le non-sens d’un monde qui repose sur le principe d’accumulation. Ici, on le voit assis dans un fauteuil posé sur le chariot qu’un client a oublié. Là, sorte de Dark Vador, il pose devant le rayon des poubelles en plastique, un couvercle sur la tête. Plus loin, il écrase la patte d’un mélancolique chien en peluche perdu parmi des myriades de jouets. Ailleurs, il a la tête dans un lampadaire, quand elle n’est pas recouverte de verdure en plastique. Côté références, Loreaux cite Chaplin, Buster Keaton et, bien sûr, Jacques Tati. Un £il extérieur ne peut s’empêcher de penser à Andreas Gursky. Mais un Gursky au regard plus engagé, qui ne se contenterait pas seulement de donner à voir le règne de la grande distribution. Le tout pour un travail qui évoque les pratiques de guérilla d’un éco-commando. Pour cette série, Loreaux a travaillé sans autorisation. Investissant incognito les magasins au grand jour, il se photographie lui-même en posant son 24 x 36 Nikon à même cartons et étalages. Une stratégie qui a débouché sur quelques moments forts dans la mesure où à plusieurs reprises, il s’est fait déloger par des vigiles dans des situations rocambolesques. Preuve supplémentaire que les supermarchés sont un univers impitoyable.

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MICHEL VERLINDEN

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