Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEUR – Julia Fullerton-Batten expose pour la première fois en Belgique. Son regard argentique sur l’adolescence coupe le souffle.

A la Galerie Les Filles du Calvaire, 20 boulevard Barthelemy, à 1000 Bruxelles. Du 8 février au 15 mars. Tél. 02 511 63 20.

Dans un monde ambigu où elle est à la fois célébrée pour sa fraîcheur et détestée pour son pouvoir de résistance, l’adolescence pose question. Il suffit de voir l’utilisation intensive et vulgaire qu’en fait le marketing. Pourtant, le verdict est là et il n’y a pas de quoi se frotter les mains: l’adolescence est commercialement irrécupérable. Trop de questions, trop d’imprévisibilité empêchent d’en faire un produit. C’est particulièrement vrai pour les jeunes filles – parfois déjà jeunes femmes – qui sont la clé du mystère. Pour preuve, elles règnent en prêtresse sur la photographie publicitaire qui agit comme catalyseur des désirs d’une société blasée. Un paradoxe que cette fêlure érige en dogme. Impossible de ne pas songer au Virgin Suicide de Sofia Coppola et à ces cinq s£urs qui incarnent  » unemasse éblouissante comme une congrégation d’anges ».

On sait aussi que cette masse éblouissante va virer sous peu soleil noir. Sur cette thématique fascinante, la Galerie Les Filles du Calvaire livre une double exposition qui coupe le souffle. En guest-star, la photographe britannique Julia Fullerton-Batten, lauréate 2007 du prix de la Fondation HSBC pour la Photographie, qui expose pour la première fois en Belgique. La série qu’elle présente, Teenage Stories, est exemplaire.

inquiétante étrangeté

D’abord, parce que Julia Fullerton possède un traitement qui n’est pas sans rappeler la précision de la photographie commerciale. Du coup, la lisibilité, la transparence et la perfection esthétique sont de mise. Ensuite, parce que l’acuité de son regard redonne toute la complexité au sujet. Sous son objectif, les jeunes filles acquièrent une aura d’inquiétante étrangeté. On sent les corps et les visages travaillés par quelque chose de plus grand qu’eux. Un rien – hormonal ou émotif – qui en fait des monstres aux yeux d’un monde conformiste. Certaines images plus apaisantes, comme Summer, Hair caught in bush évoquent une sorte de devenir autre du corps. Celui-ci se végétalise jusqu’à ne faire plus qu’un avec une autre dimension de l’être au monde. Tout cela fait qu’on quitte cet univers tourmenté pas tout à fait indemne.

www.fillesducalvaire.com

MICHEL VERLINDEN

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