Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

L’ENFER D’ABOU GHRAIB – Errol Morris revient en détails sur les abus commis par des militaires américains dans la prison des environs de Bagdad.

De Errol Morris. Musique: Danny Elfman. 1 h 57. Sortie: 25/06.

Lieu sinistre s’il en est, la prison d’Abou Ghraib fut bâtie par les Britanniques à une trentaine de kilomètres de Bagdad, aux temps où le pays était encore une colonie du Royaume-Uni. Sous la dictature de Saddam Hussein, des dizaines de milliers de prisonniers politiques y perdirent la vie sous la torture ou au bout d’une corde. A la chute du tyran, les pays de la coalition internationale, Etats-Unis en tête, y organisèrent l’enfermement et l’interrogatoire de nombreux Irakiens suspects de savoir où pouvait se cacher Saddam Hussein. Des méthodes brutales y furent employées, des actes de torture psychologique et physique y furent commis. Et quand des photos prises par quelques militaires américains offrirent au regard du monde des images d’humiliation et de persécution de certains détenus, un scandale éclata qui envoya en prison les soldats reconnus coupables, et obligea les autorités à annoncer la fermeture de la prison.

Errol Morris, dont les documentaires plus sobres et plus profonds que ceux de son collègue Michael Moore ont fait l’excellente réputation, nous propose une plongée dans ce tout récent et très honteux passé. Le titre, Standard Operating Procedure, évoque le processus habituel d’interrogatoire dans lequel furent rangés certains faits révélés par les photos d’Abou Ghraib, par opposition aux actes jugés criminels qui conduisirent plusieurs militaires devant les tribunaux. Partant des photos désormais tristement célèbres, et de témoignages face caméra (« participants », expert judiciaire, etc.), le réalisateur opère une plongée fascinante dans le détail des faits incriminés, interrogeant les images mais aussi le hors-champ.

MANIéRISME INUTILE

Comme toujours, il veut faire du microcosme exploré par sa caméra le reflet d’une plus large image, ici celui de l’intervention américaine en Irak. Mais faute de preuve attestant l’implication d’autorités supérieures, son regard s’arrête aux soldats de base et à leurs odieuses mises en scène – volontiers sexuelles – prenant certains prisonniers pour victimes. A cette limite à vrai dire gênante (l’intention générale étant bien de dénoncer la politique des Etats-Unis) s’ajoute un maniérisme inutile, quand Morris juge bon de « reconstituer » quelques scènes par les moyens de la fiction. Une initiative étrange et contestable, d’un cinéaste dont on se demande s’il n’a pas jugé lui-même – à tort ou à raison – que le matériel visuel authentique dont il disposait n’était pas assez convaincant…

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