Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

20.45 ARTE

THRILLER D’ ALFRED HITCHCOCK. AVEC CARY GRANT, JOANNE FONTAINE, CEDRIC HARDWICKE. 1941.

Au tout début des années 40, Alfred Hitchcock est la nouvelle coqueluche de Hollywood et du public américain. Les Etats-Unis le réclamaient déjà à grands cris depuis quelques années, mais si le réalisateur plutôt casanier fit le voyage, c’est aussi par inquiétude face à l’imminence du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Débarqué à Los Angeles et adoubé par la communauté du 7e art, Hitch avait déjà fait mouche avec Rebecca, et multipliait les tournages, quand le projet de Soupçons se présenta à lui. C’est avec délectation qu’il s’y dévoua, et le résultat est tout simplement magnifique! Dans cet excellent exemple de son génie de la mise en scène, Hitchcock montre de manière formidablement captivante comment le soupçon ronge peu à peu l’unité d’un couple. Lina, riche héritière qui a épousé un homme à la réputation de coureur et de dépensier, va se demander si ce dernier n’est pas responsable de la mort subite de son associé, et s’il ne nourrit pas par ailleurs le projet de se débarrasser d’elle… Joan Fontaine restitue fort bien les affres du doute conjugal et de la peur qui monte, face à un Cary Grant dont la séduction rend ce doute et cette peur plus impressionnants encore. Derrière la caméra, et aussi – pour la première fois – au poste de coproducteur d’un de ses films (premier pas vers une indépendance qu’il ne cessera de poursuivre par la suite), Hitchcock se délecte en créant une lourde et captivante atmosphère. Son sens du détail fait merveille, notamment et surtout dans la mémorable scène du verre de lait monté à son épouse par le mari attentionné, une boisson que celle-ci soupçonnera d’être empoisonnée… Le suspense est porté à incandescence, par la vertu d’une réalisation brillante et subtile à la fois, et d’un dosage progressif de frissons auxquels aucun spectateur, même averti, ne saurait échapper! A voir et à revoir sans jamais s’en lasser, Soupçons est un classique du thriller hitchcockien, dont le noir et blanc sublime fait un écrin idéal tout à la fois à l’inspiration du cinéaste et à la performance de deux comédiens parfaits. Le noir et blanc est devenu très rare à la télévision, et s’efface du petit écran toute une mémoire de l’art cinématographique. Heureusement que quelques rares chaînes, Arte en tête, ne l’ont pas (encore?) abandonné.

Louis Danvers

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