Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Vieillesse sonique? – Est-ce dans les vieux larsens qu’on fait les meilleures chansons? Tentative de réponse via le quinzième manifeste studio de Sonic Youth…

« The Eternal »

Distribué par Matador/V2.Après trois ou quatre écoutes, il est toujours difficile de dire si ce nouveau disque est du lard ou du cochon. Ce quinzième album studio des New-Yorkais, le premier pour le label Matador, gratouille les mêmes plaies d’art rock sonnant comme l’émanation directe d’une bande de gamins en ébullition électrique à la sortie d’un garage métaphysique. Y compris certains moments donnant l’impression que la bande d’enregistrement patine et que tout cela sonne franchement faux (cf. les guitares dans la seconde partie de Leaky Lifeboat). C’est le patrimoine entretenu depuis les débuts du groupe en 1981 et celui-ci se traduit par une grammaire musicale plutôt constante. Ainsi, pratiquement tous les morceaux de l’album ont cette même allure de voilier noisy en danseuse instable sur un océan de vagues organiques. C’est précisément dans cette limite entre vociférations sonores et tentatives d’organisations mélodiques que SY a délimité un territoire qu’il laboure encore et encore. Les intros des chansons sont quasi toutes jumelles sous forme de rasades de 220 volts taillant un corridor où s’engouffrent les vocaux alternativement pris en charge par Kim Gordon et Thurston Moore. Avec une prédominance de ce dernier, voix mâle sans génie ni excès de testostérone. Un exemple de cette ligne de conduite? What We Know charge son haleine de quelques riffs de basse avant d’être piétiné par des boucles de guitares hargneuses. Moore se met alors en tête de faire cracher son venin à la chanson visiblement inquiète, peut-être parce qu’elle ne sait pas très bien où elle va. Ce n’est pas désagréable et puis les coups de hachoir qui définissent le rythme ont tendance à détruire toutes les graisses inutiles. Mais la répétition de structures voisines finit par annihiler la puissance potentielle de chaque plage, malgré quelques moments clairement saignants ( Calming The Snake en est un) .

Lourd héritage

Après cinq ou six démonstrations voisines, on se pose la question: que veut nous dire Sonic Youth? Les paroles ont ce côté beatnick/poésie automatique que confirme la troisième plage dédiée à Gregory Corso (membre de la bande à Jack Kerouac), des jets de mots dont il pourrait sortir une sensation presque physique. Comme le splash de couleurs dominées par le rouge de la couverture. Impressions, intentions: Sonic Youth a l’idée de mettre à l’intérieur du disque une photo de Johnny Thunders – le guitariste overdosé des New York Dolls et des Heartbreakers – mais c’est clairement du côté du Velvet Underground que l’on doit chercher l’héritage éventuel. D’ailleurs Poison Arrow est chanté comme du Lou Reed primitif. C’est donc quand il échappe à sa propre enveloppe sans être exagérément référentiel que Sonic Youth impose des moments plus significatifs: l’intro de Malibu Gas Station, le refrain quasi pop d’ Antenna, les vocaux sensibles – entre Nirvana et Beatles – de Walking Blue, la mélancolie sinueuse de Massage The History, des choses moins convenues. En tout cas pour quelqu’un qui les suit depuis un quart de siècle. Pour les novices, tout cela pourrait sembler beaucoup plus novateur.

Sonic Youth sera en concert à l’ Ancienne

Belgique le 22 octobre prochain.

www.sonicyouth.com

Philippe Cornet

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