Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Propaganda – La galerie Pascal Polar expose le travail d’Anton Solomoukha. Peintre et photographe né à Kiev, l’homme prend plaisir à dynamiter le lien image-message.

à lagalerie Pascal Polar, 108, chaussée de Charleroi, à 1060 Bruxelles. Jusqu’au 12/04.

« Le monde moderne possède de grandes capacités à prodiguer les concepts universels, les utopies fascinantes, et en même temps est impuissant à les réaliser. Cependant l’univers démodé est très riche en contradictions et confortable dans sa possibilité d’offrir le maximum d’isolement contre nos semblables, l’encontre de soi, le plaisir de la solitude.  » Cette profession de foi d’Anton Solomoukha éclaire précieusement son travail. Cet artiste d’origine ukrainienne conçoit des photographies comme des toiles. Il s’inspire directement des tableaux des grands maîtres – Poussin, Caravage, Ingres, Botticelli… – et emprunte les mises en scène au formalisme académique le plus strict. Formé comme peintre en Ukraine, au sein même de l’école des Beaux-Arts, Solomoukha n’a pas à aller chercher loin cette imagerie. Il n’a qu’à tendre le bras pour ramasser l’esthétisme qu’il côtoyait sans cesse lorsqu’il £uvrait comme futur laquais du réalisme soviétique. C’est à cette époque que s’opère en lui un clivage. Il va faire sienne  » une distance critique centrée sur l’asservissement des images à la diffusion des mots d’ordre« .

Rhétorique publicitaire

Si la peinture constitue le sol ferme de son travail, c’est bien vers la photographie qu’Anton Solomoukha s’est entièrement tourné ces dernières années. Elle lui fournit les armes de son credo artistique. Le numérique – et la rhétorique publicitaire qu’il véhicule – convient idéalement à son abandon au simulacre sans en revendiquer le message néolibéral. Les compositions sont foisonnantes, le corps de la femme, souvent exposé dans sa nudité, y surgit comme une allégorie. La toile de fond est toujours la même: le noir quasi absolu depuis lequel le corps prend l’allure de manifestation divine. Tout vient renforcer cet effet: lumière, gestuelle, position et agencement. Une image – on a envie de dire une toile – comme Judith et Holopherne est à cet égard exemplaire. Cette relecture du fameux passage biblique donne à voir une jeune femme nue contemplant la tête d’un animal décapité. Alanguie, elle a le pied posé sur un cône de signalisation routière, véritable clash esthétique au regard du mobilier classique qui constitue la trame de fond. La pâleur de la jeune fille confère une vérité létale à l’ensemble. Si la Belle a terrassé la Bête, elle l’a fait sans rien perdre de sa pureté. Un coup de force qui court-circuite toute lecture érotique et toute récupération moderne du cliché.

www.pascalpolar.be

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