Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Starmania – à travers ses photos remixées, Ingrid Baars réinvente le corps de la femme. Une recomposition fascinante qui mêle images du passé et du présent.

Par Ingrid Baars, V! P’s Gallery, 15, Van Vollenhovenstraat, à 3016 Rotterdam. Jusqu’au 7 mars.S’il fallait n’en retenir qu’une – bien plus que Greta Garbo -, ce serait elle: Louise Brooks. Mythe absolu du cinéma muet à la photogénie totale. Ses yeux mystère et sa frange sombre – doublée d’une coupe à la garçonne – en font une icône hypnotisante de la pellicule. Le noir, le blanc et les dégradés de gris la servent comme aucune autre couleur ne pourrait le faire. Il ne s’agit plus d’une femme mais d’une apparition – la fulgurance portant le nom de Louise Brooks sera malheureusement celle d’une étoile filante quand on sait que l’actrice met fin à sa carrière alors qu’elle n’a que 32 ans. Depuis, elle crève l’écran noir de nos nuits blanches. C’est au c£ur de cet univers-là que s’est replongée la photographe néerlandaise Ingrid Baars pour donner vie à ScreenSirenArtistLover, la nouvelle série qu’elle donne à voir à Rotterdam. L’univers en question est inspiré des stars hollywoodiennes des années 20, 30 et 40. Des silhouettes fatales qui composent un archétype féminin éternel et sans âge. Ce pur condensé de femme, Baars a également été le chercher chez ces muses qui ont inspiré des écrivains et des artistes tels que Paul Eluard, Pablo Picasso, Man Ray, Max Ernst ou Salvador Dali. Qu’elles se nomment Lee Miller, Françoise Gilot ou Gala Dali, elles ont toutes accédé à une forme d’immortalité.

Comme un lego

Si cette matière dense constitue le point de départ de la photographe, elle n’est pas le tout de son £uvre. Baars se livre à une réinterprétation-actualisation de ces emblèmes féminins. Pour cela, elle s’appuie sur les corps de mannequins actuels – dont Kim Feenstra qui dévoile une sexualité que l’on peut situer entre celle de Claudia Cardinale et de Gina Lollobrigida. Elle travaille également la mise en scène. Sur ses shoots, elle bénéficie de la collaboration du visagiste Ed Thijsen ainsi que des créations de la styliste Angela Kuperus qui lui fournit vêtements et accessoires griffés. Loin de s’arrêter avec la prise de vue, les images d’Ingrid Baars naissent après coup. Devant son ordinateur, elle manipule et retravaille les clichés en leur adjoignant des éléments extérieurs tels que des fragments de ses peintures. Du coup, le corps se plie, la silhouette s’étire et le visage sort de son axe. On est proche du jeu de construction, une sorte de lego en version érotique. En résulte une créature hybride – à cheval sur deux époques – qui échappe à l’ici et maintenant… mais pique l’£il au vif.

www.vipsart.nl

Michel Verlinden

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