Nurten Aka
Nurten Aka Journaliste scènes

Depuis quelques années, la capitale injecte de la scène contemporaine dans ses quartiers populos ou reculés. A la Maison des Cultures de Molenbeek, au Brass à Forest, au DansCentrum de Jette, etc. Dans le genre, on a suivi le festivalCaravane de la diversité sous les chapiteaux nomades des Nouveaux Disparus. Un événement qui réunit souk associatif, spectacles grand public et formes pointues. L’aventure clôt sa tournée à Saint-Josse dans le OH Festival de rue avec une petite perle: Roots&Road de Selim Aydoðdu, un jeune danseur-chorégraphe liégeois d’origine turque. Sur une scène noire sertie de sphères blanches, quatre danseurs se meuvent dans une quête métaphysique. Chorégraphie abstraite, création sonore contemporaine: une audace sous chapiteau! De cran, il sera aussi question dans la pièce complexe Voilà la tête…, voilà le tronc…, voilà les ailes… de l’auteure turque Sevim Burak (1931-1983). La trame? Un duo de femmes nous entraîne dans un espace mental orchestré par de multiples rêveries schizophréniques. Un « mari » mourant, sa femme et sa meilleure amie imaginaire(?). Les comédiennes Sibel Dinçer (en intériorité fiévreuse) et Hilal Dönmez (en jeu aérien) jouent une sorte de solo bicéphale posé sur le fil de la folie, non sans rappeler le Persona de Bergman. Deux oeuvres pointues au sein d’une programmation plus abordable, notamment avec le tube Un Fou noir au pays des Blancs de Pie Thsibanda… Hors chapiteau, l’art battra le pavé avec fanfare, cirque et théâtre de rue dont une singulière performance Düº Gören Valiz (La Valise de rêves) de Huseyin Umaysiz, Bruxellois d’origine turco-kurde et sa troupe Antr’act. Valises en mains, des personnages au look d’immigrés vintage performent « le voyage et sa collision inévitable avec l’Autre »,inspiré en arrière-fond du mythe de Sisyphe.Au centre de la marche: une immense valise qu’un « couple » déplace sur une route inconnue. Inlassablement. Une performance sobre avec le risque pour l’intéressante dramaturgie de se diluer en une procession « folklorique » autour d’une mariée. Dommage.

Inscrite dans les commémorations des 50 ans des immigrations turque et marocaine, La Caravane de la diversité a réussi ce pari inhabituel: mélanger sous chapiteau le populaire et le pointu, de Colfontaine à Saint Josse en passant par Charleroi et le campus de l’ULB… De quoi opérer un détour dans ces scènes de quartier.

LA CARAVANE DE LA DIVERSITÉ, DIVERS ENDROITS, DU 16 AU 18/05. WWW.LESNOUVEAUXDISPARUS.BE

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