Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

AMERICAN SCREAM – Dave Anderson, talent prometteur de la photographie américaine, s’expose à Charleroi. Une trentaine de clichés pour passer de l’autre côté du rêve américain.

Dave Anderson au Musée de la Photographie de Charleroi, 11 avenue Pastur, à Charleroi. Du 10/5 au 14/9.

Vidor. Une petite ville du Texas de 11 000 âmes à quelques jets de canettes du Golfe du Mexique. Cette cité ouvrière traîne une épouvantable réputation. Ancien bastion du Ku Klux Klan, elle s’affiche comme l’une de ces fameuses « sundown towns », soit des villes où règne le terrifiant slogan « No blacks after dark ». En 1993, Vidor a fait parler d’elle en raison de l’opposition de certains radicaux à la venue de familles afro-américaines auxquelles le gouvernement fédéral avait pourtant attribué des logements sociaux. Autant dire qu’elles n’y sont pas restées longtemps. Quelques années plus tard, un épouvantable crime raciste sera commis: un jeune homme tiré à l’arrière d’une voiture jusqu’à en être disloqué. Aujourd’hui, Vidor tente d’oublier ce passé aux relents de soufre, celui d’une ville à deux doigts de l’enfer.

SANS FARD

En 2003, le photographe américain Dave Anderson se rend à Vidor. Son but? Balader son objectif dans cet univers laissé-pour-compte. Loin de passer en coup de vent façon voyeur opportuniste, il va travailler trois ans sur le sujet. Trois ans durant lesquels il va tirer le portrait d’hommes et de femmes vivant entre la précarité et le dénuement. Son £il va scruter les regards, sonder les âmes, interroger les tatouages et pister les détails les plus infimes, les plus intimes. De cette rencontre inattendue va naître Rough Beauty, une série de photographies dont le Musée de Charleroi présentera une trentaine de clichés dès le 10 mai. Difficile de trouver meilleur titre pour ce voyage visuel – forcément – en noir et blanc au c£ur de cette Amérique des rednecks. Beauté rude parce qu’un étrange sentiment surgit devant ces portraits qui dérangent: face à ceux qui suscitent la peur et transpirent la haine, on se surprend soudainement à vouloir comprendre. Au détour d’un père et de son fils, d’un animal broyé sur l’autoroute ou d’une petite BBQ Queen, le spectateur prend la mesure d’un univers impitoyable où il est difficile de grandir. Plutôt que de juger, on interroge: et nous, que serions-nous dans un tel contexte? Apparaît alors le visage d’une autre Amérique. Non plus celle qui gagne mais celle qui perd. Celle qui chaque jour s’enfonce un peu plus dans la pauvreté. L’Amérique des regards hagards et des dents qui tombent. Une descente en enfer qui marque les esprits au fer rouge. Vous avez dit American Dream?

MICHEL VERLINDEN

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