Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

BORDS DE MER – A travers sa série Rivages, Harry Gruyaert nous met les pieds dans l’eau. Songeurs face à cette équation complexe que représente l’océan.

A la Box Galerie, 88 rue du Mail, à 1050 Bruxelles. Du 21/05 au 5/07.

n peinture, les marines constituent un genre rassurant. La mer pour sujet, il n’y a pas mieux pour orner un salon. On est (quasi) sûr d’éviter la faute de goût et de ratisser large. Comme c’est joliiiii… Pour minauder les pieds au sec, entre la tasse de thé et le cake au citron, c’est béton. Revers de la médaille, le genre génère dans le même temps l’allergie auprès de tous ceux qui considèrent que l’art est le contraire du bon goût. A la vue de la moindre flaque ou du plus petit grain de sable, nombreux sont ceux qui prennent les jambes à leur cou. On peut comprendre. Ce qui est vrai en peinture l’est également en photographie: les paysages du bord de mer sont souvent d’une mièvrerie rasoir. Si l’on souhaite en finir une fois pour toutes avec cet à priori, la découverte du travail d’Harry Gruyaert s’impose de toute urgence.

Ce photographe anversois né en 1941 – installé aujourd’hui à Paris – ne fait rien de moins que renouveler l’iconographie du paysage à travers son £uvre.

FILIATION FLAMANDE

Sa série Rivages traque les bords de mer aux quatre coins du globe, de l’Inde au nord de la France en passant par le Maroc. Au fil des images, une évidence s’impose, celle d’une filiation flamande indéniable même si d’autres préfèrent évoquer Joel Meyerowitz ou William Eggleston.

Dans son approche des cieux et de l’horizon, on retrouve la sensibilité de tous ceux qui ont un contact tacite avec les nuages. Ceux qui détectent pour s’en imprégner la plus infime variation de lumière. Sous l’objectif de Gruyaert, le littoral peut également se révéler menaçant. Il n’est pas ce simple lieu balisé et domestiqué prétexte à d’agréables promenades de santé, il peut devenir un horizon menaçant qui gronde de mille dangers. Une perception qui n’est pas définitive. Plus loin, sous un autre jour, le bord de mer renoue avec le « moment de temps pur » si cher à Marcel Proust. C’est alors une autre vision des choses qui s’impose, plus nostalgique. On voit la rencontre de l’eau et de la terre comme un paradis de l’enfance dont les contours sont présents en chacun de nous. Cet éden magnifique qui n’est rien de moins que notre part d’humanité.

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MICHEL VERLINDEN

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