Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Électron libre, rappeur décomplexé, Veence Hanao ouvrira pour Abd al Malik durant les Nuits Botanique. Nous l’avons vu Bourgeonner au Printemps.

On a beau en être devenu totalement marteau, on n’enfoncera jamais assez violemment le clou. Son album Saint-Idesbald nous réconcilie avec la côte belge. Son Manège nous fait tourner la tête. Bien plus encore que celui d’Edith. Veence Hanao est un drôle de piaf. Peut-être ce qui est arrivé de mieux à la Belgique qui chante en français depuis l’avènement d’un truculent Ostendais perpétuellement bourré.

VH aussi est bourré. Bourré de talent. On a suivi le Bruxellois au Printemps de Bourges où il avait l’opportunité de se produire dans la programmation Découvertes, destinée à promouvoir les artistes de demain.

« Pour moi, c’est la première opportunité concrète de faire un pas en avant sur le marché français dans le cadre d’une vitrine, d’un événement professionnel où on m’offre l’occasion de présenter mon projet dans des conditions techniques parfaites, glisse le jeune homme sous le soleil printanier du Cher. Je ne m’attends pas à des résultats très concrets. Avec un set d’une demi-heure, tu as deux possibilités. Soit tu prends le pli d’installer des silences, des ambiances et d’être sympa. Soit tu entasses. Tu vas vite. Et tu essayes d’en montrer un max. »

C’est cette deuxième option qu’il a choisie. Et à en juger par la qualité de son concert, les réactions enthousiastes qu’il a suscitées, c’était sans doute la bonne. Dans les journaux du lendemain, les commentaires élogieux abondent.

Le Berry Républicain parle d’un rappeur qui sait jouer du texte sur tous les sons, d’un poète déchiré, amoureux blessé qui slamme son désespoir sans pudeur. L’Humanité a craqué pour un électron libre jazzy, aérien et crépusculaire.

Veence Hanao a étudié la musique classique, le piano, le solfège quand il était gosse. Puis, dans les années 90, il s’est intéressé au rap. Français (La Cliqua, Oxmo Puccino) et américain (Wu Tang Clan, Mobb Deep). « Je ne suis pas quelqu’un qui écoute énormément de musique mais vers 20 piges, je suis revenu à ce que j’avais rejeté. Gainsbourg, Ferré… Je n’ai jamais considéré le hip-hop comme quelque chose d’hermétique, de fermé. Ce sont des artistes comme Talib Kweli, Madlib et Mos Def qui m’ont ouvert l’esprit. »

En voix de développement

Des textes malins, un côté très jazzy, enfumé, l’ambiance cigarettes froides, cendriers qui débordent, offrent à l’électron libre davantage d’atomes crochus avec ses aînés qu’avec ses cadets. Entre deux interviews, l’une pour la Fédération des radios associatives rock (Ferarock), l’autre pour une émission animée par des adolescents, l’homme de la mer se fait accoster par le directeur du Bolegason, une salle de spectacles à Castres. « Je suis souvent intéressé par ce que la Belgique nous envoie, avoue Marc Tison. Je bosse beaucoup sur les mots, l’oralité. A cheval sur la chanson, le hip hop. Il est toujours délicat d’affirmer qu’un projet peut marcher commercialement mais je trouve le travail de Veence Hanao intelligent. J’ai décelé un gros potentiel dans l’écriture, la technique, l’interprétation. « 

Ce genre de rencontres débouchera peut-être sur une tournée hexagonale. Peut-être pas… En attendant, les réseaux se tissent. « Cet album, on ne cherche pas à le distribuer juste pour le principe. Nous voulons trouver quelqu’un qui y croie vraiment. Quelqu’un qui soit prêt à s’investir et à insuffler de l’argent. Si on veut des pages de pub dans des magazines, un positionnement intéressant en magasin, une tournée sérieuse, je pense qu’il faut compter 50 000 euros, estime Lino, de Skinfama, structure de booking, de management, de production qui défend le Don Quichotte d’un genre nouveau. Nous avons déjà deux ou trois touches mais la sortie outre-Quiévrain, ce sera peut-être pour le prochain disque. Beaucoup de Français considèrent Veence comme un artiste en développement. Un nom, ça prend du temps à installer. Plus tu tournes en Belgique et plus tu as de retour de l’autre côté de la frontière. Les maisons de disques ne prennent plus de risques. Idéalement, il faudrait recommencer le travail créatif d’ici quelques mois pour continuer à faire l’actu, tenir en haleine. Attendre deux ans avant de ressortir un album me paraît suicidaire. »

« Je ne suis pas carriériste, termine Veence. Tout ce que je sais, c’est que j’ai beaucoup travaillé sur ce disque. Qu’il représente une tranche de vie. Que j’ai voulu lui donner les moyens de se faire entendre. Les ventes? Je ne sais pas et je ne veux pas savoir. Faut pas se leurrer. A notre époque, je ne vivrai jamais de la musique avec mes CD’s. »

Album: Saint-Idesbald (Skinfama). En concert au Chapiteau le 9/05 avec Abd al Malik et Subtitle.

Texte Julien Broquet

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