Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Claude et Nathan Miller cosignent Je suis heureux que ma mère soit vivante, aboutissement d’une complicité née sur les films précédents où le fiston assistait papa.

Des frères cinéastes qui cosignent leurs films, la chose n’est plus rare. Des Taviani aux Dardenne en passant par les Coen, les Wachowksi, les Farrelly, les Pang et autres Malandrin, les fratries cinématographiques croissent et prospèrent. Mais un père et son fils travaillant ensemble, c’est nouveau! Claude et Nathan Miller ont réalisé ensemble Je suis heureux que ma mère soit vivante (1), un drame familial prenant où un jeune homme abandonné puis adopté dans l’enfance retrouve sa mère biologique. Que la filiation soit au c£ur de la première £uvre commune d’un père et de son fiston n’est, aux yeux des Miller, qu’une » pure coïncidence« . Même s’ils admettent que dans le chef du producteur Jean-Louis Livi, la chose pouvait avoir un peu plus de sens…

 » En fait, nous travaillons ensemble depuis déjà 10 ans, explique Claude Miller , depuis que j’ai décidé de travailler avec deux caméras et que Nathan s’occupe de la seconde caméra, avec une marge de liberté considérable. » Betty Fisher et autres histoires, La Petite Lili et Un secret ont ainsi vu Miller Junior jouer les cadreurs pour son réalisateur de Papa.  » Sur le tournage de La Classe de neige (en 1997, ndlr) , j’avais demandé à Nathan de réaliser un « making of » pour le DVD, poursuit le père , et quand j’ai vu ce qu’il avait filmé, j’ai trouvé qu’il avait parfois mieux capté l’essence d’une scène que je ne l’avais fait. C’est alors que j’ai résolu de filmer à deux regards, tout en prenant au montage les décisions revenant au réalisateur. » Le projet de Je suis heureux que ma mère soit vivante a initialement été proposé au cinéaste de Garde à vue et de Mortellerandonnée.  » A la même époque, Nathan préparait, avec le même producteur, un long métrage qui ne s’est pas fait, car il était trop cher. Jean-Louis Livi, qui tenait à travailler avec mon fils, a pensé que notre complémentarité pouvait s’exprimer pleinement sur Je suis heureux que ma mère soit vivante . Ainsi s’est cristallisée, à son initiative, une idée qui faisait par ailleurs naturellement son chemin en nous, et que j’avais tout juste évoquée avec Nathan… »

En tandem

La répartition du travail s’est faite très simplement.  » Claude m’a offert le plateau, j’ai pu décider du placement de la caméra, des angles, du style visuel, en toute liberté, explique Nathan Miller , tandis que lui s’est occupé du scénario, du ventre de l’écriture. Je ne sais pas écrire, mais je lis très bien, j’ai une facilité à visualiser, rythmiquement, avec des désirs de forme très différents de Claude. J’ai donné sa forme au film, il en a offert le fond. Il était présent, aussi, pour valider mes choix, pour créer aussi la base scénographique (les lieux, et comment les acteurs y prennent place) sur laquelle j’ai pu m’appuyer. Il s’est également occupé de la direction des comédiens. »

De cette manière de créer à deux est né un film au réalisme plus rigoureux que dans un film de Miller père, chez qui les échappées vers le fantasme, l’imaginaire, sont presque toujours présentes. Une £uvre sobre et intense, où se révèle pleinement Vincent Rottiers, un jeune acteur alliant les qualités de présence et d’opacité que nécessitait le rôle.

(1) lire notre critique dans Focus du 25/09.

Louis Danvers

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