Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Programmateur et directeur général adjoint au Botanique, il est un sacré pèlerin, à la fois proche du CDH et de la nouveauté rock. tous les chemins mènent aux Nuits Bota.

Moyennement grand, les cheveux courts cendrés, une chemise de fines lignes, un bon coup de fourchette, 50 piges: Paul-Henri, comme tout le monde l’appelle, évoque à la fois un cadre jeuniste et un théoricien boulimique. Ce jour de cendres islandaises, au Café Bota, attablé devant une belgitude typique (steak, pdt frites), PH est de bonne humeur. Il l’est souvent, même si son tempérament peut aussi convoquer des man£uvres que d’autres qualifient de « panzer » dans le travail collectif. Lui parle plus volontiers de « mobilisation » de ce bateau Bota dont il est le second, en binôme avec Annie Valentini, boss au quotidien. Les pavés en bataille devant l’Orangerie -les précédents ne correspondaient pas aux critères des Monuments et Sites- n’érodent pas son enthousiasme: « J’aime l’idée de chantier perpétuel, le Bota emploie 45 personnes à l’année, dans le cadre d’un monument classé historique: il n’y a pas souvent un tel contraste entre le patrimoine et une activité aussi intense. » Intense, le Bota l’est indéniablement, collectant 250 soirées rock à l’année, soit environ 500 groupes, dont le quota belge est d’un tiers, correspondant ainsi aux termes d’un contrat-programme signé avec la Communauté Française. Construit en 1827, « déjà avec des subventions, alors de l’occupant hollandais et de l’entité de Bruxelles, le Bota était aussi une institution scientifique et un lieu de pédagogie pour les cultivateurs ». On y aurait donc découvert le chicon au milieu du XIXe siècle, soit 130 ans avant l’arrivée de PH -aucune connexion- dans ce vénérable lieu qui, à l’époque (1988), étire une paresseuse programmation socio-cul.

Bota à vie? Le musicologue et sociologue qui débarque alors n’est pas exactement un spécialiste de la no-wave, plutôt un admirateur (et pratiquant) de Chopin qui a néanmoins puisé dans Neil Young ou Genesis/Peter Gabriel quelques essences de rock. « J’ai vite appris », dit ce fils d’indépendants -papa était technicien de cinéma, maman opticienne- ayant grandi du côté de Laeken. Destiné au piano professionnel, un accident manuel le prive d’un futur à touches. Longtemps prof au Conservatoire Royal de Liège (en Histoire), PH use de pédagogie, explique son Bota, visiblement fier du succès et de la réputation de cette usine culturelle prisée à l’étranger, catégorie Inrockuptibles. Président d’une fondation paneuropéenne de festivals, De Concert!, il s’en met toute l’année plein les oreilles et les mains -recevant une moyenne de 350 e-mails par jour-, rentrant chez lui pour tutoyer le silence ou pratiquer quelques arpèges solitaires. Séparé et père de 2 jeunes filles, il protège logiquement sa vie privée, d’autant que lors de l’affaire Dumortier (1), celle-ci fût attaquée en dessous de la ceinture. Quand on lui pose la question de l’après Bota, lui qui conseille volontiers la politique culturelle du CDH « mais sans avoir la carte du parti », s’étonne. Et répond: « Je n’ai aucun plan pour quitter le Bota. Un site flamand a écrit: « Faites condamner ce type à vie au Bota parce qu’il fait une prog qui nous plaît ». » On ne saurait mieux dire… l

(1) en 2006, partant à la retraite, le directeur du Bota, Georges

Dumortier, puissamment soutenu par son parti (le PS), tentera d’imposer un successeur de la même couleur politique. À l’automne, il passe 2 semaines en préventive suite à diverses malversations financières…

u voir aussi notre sélection page 10.

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