Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

22.45 LA DEUX

DRAME DE JOACHIM LAFOSSE. AVEC ISABELLE HUPPERT, JéRéMIE RENIER, YANNICK RENIER. 2007.Au moment où sort sur nos écrans son nouveau film Elève libre, le tout récent encore Nue propriétévient souligner à la fois la continuité du cinéma de Joachim Lafosse, son exigence et sa profondeur humaine, ses qualités formelles et son ambition à ce que « le cinéma change le monde, ceux qui le voient, ceux qui le font. » Le film nous emmène dans une grande maison, où une mère divorcée habite avec ses deux grands fils, devenus adultes. Le père honni se voit réduit à la plus simple expression d’un appui financier aux garçons. Lesquels ne se prennent guère en charge, poussant la maman (dont un voisin est l’amant clandestin) à envisager un départ, une nouvelle vie, qui suppose la vente de la vaste demeure fami-liale. Mais cette dernière, donnée par le père et ex-mari, appartient en nue propriété à Thierry et François, Pascale n’en ayant que l’usufruit. Faute d’accord entre eux trois, l’opération ne serait pas possible…

FINALE À COUPER LE SOUFFLE

Quels déchirements entraînera cette situation bloquée, opposant les frères à leur mère et entre eux, le film du jeune et talentueux Lafosse (30 ans à peine au moment du tournage) le montre avec un bonheur d’écriture cinématographique peu banale, où le plan séquence s’épanouit en même temps qu’une intense concentration dramatique. Nue propriétéchronique avec force et justesse une crise au quotidien dont la douleur profonde affleure progressivement, avant de culminer en un final à couper le souffle. Face à une formidable Isabelle Huppert, au jeu très dépouillé, troublant, presque nu, les frères Renier signent une double prestation exemplaire. Devant la caméra simultanément austère et sensible de Lafosse, les évolutions de ce trio se révèlent captivantes. La mise en scène crée une tension palpable, communiquant au spectateur une vérité humaine qui dépasse les effets supposés d’un certain réalisme pour atteindre l’universalité. Qui pourrait ne pas se reconnaître, ne fût-ce qu’un peu, dans le miroir des plans fixes et volontiers frontaux de Nue propriété, dans ces cadres retenant les personnages et où le regard n’aperçoit point de ligne de fuite?

Louis Danvers

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