Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

20.55 LA UNE

DE JOSéE DAYAN. AVEC MURIEL ROBIN, SàNDOR FUNTEK, JEANNE BALIBAR.

Le titre de ce téléfilm réalisé par la papesse du genre Josée Dayan ( Les rois maudits, Sous les vents de Neptune…), laisse peu de mystère quant à son issue. Son héroïne se donnera effectivement la mort, plutôt à cause de l’amour que par amour. Relecture télévisée du film éponyme d’André Cayatte (1971) – qui fit accéder Annie Girardot à la reconnaissance internationale -, Mourir d’aimer adapte librement l’histoire tragique d’une prof de lettres élevant seule ses deux enfants. Une femme délaissée par la tendresse depuis de nombreuses années, qui découvre, au fil des cours, un élève passionné et passionnant, Lucas. L’adolescent de 15 ans lui fait bientôt une cour effrenée, et Gabrielle se laisse prendre au jeu de l’amour. Le vrai. Celui qui fait perdre pied, et le sens des réalités. Tant et si bien que quand celle-ci rattrape les amoureux, flanquée de son cortège de qu’en-dira-t-on et de rebondissements judiciaires, elle les déchiquète sans pitié. Gabrielle Russier, qui inspirera films et chansons, se suicidera au gaz en septembre 1969.

AIMER NE SUFFIT PAS

Mourir d’aimer traduit une empathie certaine avec le personnage, mais ne sombre pas dans le mélo et ne cherche pas à créer des émotions artificielles. C’est la première bonne surprise que réserve ce téléfilm. La seconde venant de ses comédiens. Muriel Robin, toute en sobriété, est d’une bouleversante justesse dans ce rôle de femme au corps et au c£ur fatigués, à qui Lucas vient insuffler un irrésistible élan. Quant au comédien qui interprète le jeune amant, Sàndor Funtek, au-delà de sa formidable « gueule de ciné », c’est une révélation. Un mélange détonant d’enfance et de virilité adulte, de sensualité brute et de naïveté. Tandis que Jeanne Balibar prête son jeu animal à une étrange mère de famille, partagée entre sa liberté de m£urs et la volonté de cadenasser celle de son fils. Emouvant, déroutant, Mourir d’aimer captive autant qu’il met mal à l’aise. De quoi réfléchir encore longtemps aux champs des impossibles qu’ouvre parfois l’amour. Car (pardonnez-nous la référence), comme le chantait Céline Dion, « s’il suffisait d’aimer »

Myriam Leroy

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