Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Bâtard sensible… – Le Reverend s’émancipe de ses Makers. Accompagné d’un Babyshamble et d’un Arctic Monkey, il revisite le rap à la sauce Madchester. Politisé…

« Better than heavy »

Distribué par Wall of Sound/Pias.

Petite leçon de vocabulaire. En anglais, Mongrel signifie bâtard. Un mot la plupart du temps employé pour parler des clébards. Néanmoins, comme l’orthographe, la sémantique évolue. Dans le langage de la musique, ce nom pas très commun a pris un nouveau sens depuis quelques mois. Depuis que quatre plus ou moins célèbres rockeurs au prestigieux pedigree s’associent à un MC d’origine irakienne.

John McClure, l’emblématique leader des Reverend and the Makers (dont il qualifie le prochain album d’apocalypse psychédélique) s’est acoquiné avec le batteur des Arctic Monkeys, leur premier bassiste ( « ce sont mes frères », à tel point que certains ont prétendu qu’il écrivait leurs textes) mais aussi avec le guitariste des Babyshambles. Ensemble, ils ont monté un projet avec Lowkey, rappeur à la langue bien pendue, et ont décidé de se faire appeler Mongrel.

« Il y a des choses sur ce disque qui n’ont jamais été dites de manière aussi articulée et intelligible par un Arabe en Angleterre, défend McClure, notamment influencé par son expérience avec l’Africa Express de Damon Albarn. Je veux servir de porte-voix à ces artistes talentueux qu’on n’écoute pas. A ces discours que le monde se doit d’entendre. »

Londonien de 22 ans, Lowkey est né Kareem Dennis. Plus que tout, il se sent anglais mais n’arrive plus à compter le nombre de fois où, par délit de faciès, il a été arrêté, fouillé, humilié… Quand il ne chante pas  » Longue vie à la Palestine« , il rappe qu’il connaît le système, la place qu’il y occupe et sait qu’il n’est pas considéré comme britannique…

les germes de la haine

Aimant citer l’oncle Joe (Strummer), Mongrel réveille une conscience politique qui, depuis longtemps, semblait s’être assoupie dans une industrie ronflante. « Mon ex était irakienne et j’ai un cousin dans l’Air Force qui bombardait sa famille, assène McClure. Je devrais sourire et la boucler? »

La meilleure défense, c’est l’attaque… A la résignation, John et ses camarades préfèrent l’insurrection. D’ailleurs, le premier clip de Mongrel, en noir et blanc, a été inspiré par La Haine, le film coup de poing de Mathieu Kassovitz.

Musicalement, le projet ne ressemble à rien de clairement identifié. Imaginez un groupe de Madchester, une voix à la Stone Roses, et saupoudrez le tout de quelques flow hip hop incisifs, vous obtiendrez une vague impression de ce que dégage Better than heavy. Un disque certes inégal mais engagé et par moments extrêmement percutant. « Une orgie musicale a donné naissance à Mongrel, résume Lowkey. Un affreux bébé comme vous pouvez le voir sur la pochette de notre disque. »

Son petit frère devrait naître au Venezuela… « Chavez est un visionnaire, clament les deux acolytes. En Belgique comme en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Inde, c’est la banqueroute financière et morale. Chavez cherche une alternative. Comme nous avec la musique. On va participer à son émission téléAlo Presidente . Par contre, on a refusé d’aller chez David Letterman, préférant donner un concert au Liban. On ne court pas après le pognon. » l

www.myspace.com/wearemongrel

Julien Broquet

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