Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

le dernier tango – Si Arno était né à Buenos Aires, il sonnerait sans doute comme Melingo, qui chante le tango façon blues.

Distribué par Pias. En concert le 27/03 à l’Ancienne Belgique, à Bruxelles.

Le secret est éventé: Melingo est cet Argentin qui fait des disques que ne renierait pas Tom Waits s’il était né en bordure du Rio de la Plata. Un Arno os tango plutôt qu’ostendais. Pas grand-chose à voir évidemment avec les après-midis dansants de collé-collé qu’on imagine en Europe. Le tango n’est pas seulement une musique, c’est une vocation, un code et le pouls d’une histoire chargée.

RICANEMENT ET CARESSE

Comme on peut l’entendre sur Maldito tango, le très bel album de Melingo, ce culte se nourrit de mélodrames sanguins avec deux fois rien. Un bandonéon s’agite et c’est l’Argentine toute entière qui se met à danser. Et puis nous aussi.

Guitare, contrebasse, scie musicale, clarinette montent à l’assaut de la voix rauque de Melingo qui tient tout à la fois du ricanement, de la caresse, de la complainte et de l’invitation à la fête. Dans la sublime dernière plage du disque, Eco il mondo, onze minutes épiques semblent vouloir mourir sur les rives abandonnées d’un violon alors que le chanteur raconte son histoire avec une étourdissante économie de mots. On est proche de la matrice essentielle, du blues,  » avec une influence africaine plus dissimulée« , précise Melingo, 50 ans et une tête d’acteur pasolinien.  » Le tango a longtemps été une musique interdite et méprisée par les bourgeois. Il a fallu qu’elle réussisse à l’extérieur de l’Argentine pour qu’elle y ait une véritable reconnaissance. Victime de sa décadence après la période faste des années 40-50, elle a connu un nouveau souffle avec le travail de redécouverte d’Astor Piazzolla et depuis une décennie, elle vit sa troisième vie et est à nouveau aimée par la jeunesse.  »

FILM DE RUE

Née dans les bordels comme le proclame la légende, cette musique traque toujours les vies cabossées dans une galerie de portraits flamboyants. Pickpocket, fille de joie, clodo, gosse paumé, vieux beau friqué: les personnages esseulés forment un véritable film de rue que chante Melingo. Sans oublier l’ombre de débâcles amoureuses qui rince le tout d’un spleen nécessaire.  » Ce disque est dédié aux poètes lunfardo qui manient cet argot incompréhensible, cette langue qui sort des prisons pour se répandre dans les villes. C’est peut-être pour cela que je fais peur: les filles craignent ma compagnie, elles pensent que je suis un assassin! »

Melingo rigole et son espagnol fonce à toute allure sur une route bordée de voyages. Ex-rockeur déjanté au sein de Los Twist ou Los Abuelos de la nada (traduisez: Les ancêtres du que dalle!), immigrant au Brésil pour fuir la dictature militaire argentine, passager de la movida madrilène, le dandy est devenu chanteur charmeur. Il faut voir le loustic sur scène, tordu dans ses postures, cabré sur une mélodie branque, armé de ses histoires louches, zinzin et adorable. A pratiquer très bientôt à Bruxelles.

www.danielmelingo.com

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