Malle aux trésors

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Un ambitieux livre-somme ose s’attaquer de front à l’ensemble de l’œuvre protéiforme de Louis Malle, cinéaste libre et résolument inclassable.

Chaque film est un pan de vie, une aventure différente. Il cristallise ma curiosité du moment. Un peu comme une affaire de cœur, finalement.” Oscarisé et palmé d’or dès ses débuts pour Le Monde du silence, il a signé des longs métrages aussi divers et décisifs que Ascenseur pour l’échafaud, Les Amants, Zazie dans le métro, Le Feu follet, Le Souffle au cœur, Lacombe Lucien, Atlantic City, Au revoir les enfants ou encore Milou en mai. Parmi d’autres. Cinéaste inclassable, aventureux et curieux de tout, Louis Malle (1932-1995) n’est pas le genre de réalisateur qu’on peut facilement faire rentrer dans une case. C’est sans doute en partie ce qui explique qu’il ait été si peu analysé et étudié. Électron résolument libre et moderne, il semble en outre, tout au long de son parcours, avoir été guidé par l’idée fixe de ne pas se répéter dans son travail -assez radicalement hétérogène, il est vrai. Ce qui rend aussi singulièrement délicat l’exercice de circonscription de ses thématiques phares et autres obsessions d’auteur. Un ambitieux livre-somme, dont l’objectif avoué est la réévaluation globale de sa carrière transatlantique, vient aujourd’hui réparer ce manque criant de visibilité et d’intérêt dans le paysage intellectuel et théorique. En avant-propos, Volker Schlöndorff, le réalisateur de L’Honneur perdu de Katharina Blum et du Tambour, témoigne de sa rencontre, de son amitié et de ses nombreuses collaborations avec Malle, qu’il dépeint en séducteur malin et imprévisible, féru de littérature et empreint d’une grande rectitude morale. Influence prégnante de ses débuts dans le documentaire, rapport ambivalent à l’égard du star system, goût pour les expérimentations formelles, place capitale occupée par la figure de la mère dans ses films, amour immodéré pour le jazz, rapports complexes entre fiction et autobiographie… La suite de l’ouvrage se partage entre études transversales fouillées et “simples” études monographiques qui creusent en profondeur la matière et les enjeux d’une œuvre audacieuse et subversive, portée sur les sujets sulfureux, un pied en France et l’autre aux États-Unis.

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En fin de parcours, le livre, peu avare en largesses, dévoile une version scénaristique inédite de l’un des projets inaboutis qui hantèrent ce dandy rebelle à la farouche indépendance d’esprit tout au long de son existence: l’adaptation cinématographique de Victory, le dernier grand roman de Joseph Conrad. À quoi s’ajoutent encore un témoignage sans langue de bois de Susan Sarandon, qui a joué dans les deux premiers films américains de Malle et a été brièvement sa compagne, ainsi qu’une postface crève-cœur signée par l’un de ses plus fervents admirateurs: Wes Anderson lui-même. Louis Malle dans tous ses états, donc, et le lecteur-cinéphile avec lui.

Louis Malle dans tous ses états

Sous la direction de Philippe Met, éditions Les Impressions Nouvelles, 432 pages.

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